Nous sommes Parti-e-s Pour La Décroissance

http://www.partipourladecroissance.net/wp-content/uploads/2008/12/logo-ppld.gif

Voilà qui est fait. Enfin, nous sommes Parti-e-s Pour La Décroissance… en nous émancipant de la coquille partidaire dans laquelle nous étions tombé-e-s.

Un peu d’histoire.
Le Parti Pour La Décroissance (PPLD) a été créé en 2005 à l’occasion des Etats Généraux de la Décroissance. Sans revenir sur le contexte et les débats générés par sa création, rappelons juste les critiques dures émises par Serge Latouche à ce sujet : « un manque de maturité politique » ; « on ne pouvait pas trouver mieux pour déconsidérer la décroissance et casser le mouvement à sa naissance que le lancement d’un ridicule parti de la décroissance ». Très vite ce parti s’écroule…

En janvier 2008, par naïveté, il est rejoint par plusieurs d’entre nous. Aussitôt, nous nous lançons simultanément dans une réflexion sur les manières de colporter la Décroissance en cohérence avec ses idées, et sur les raisons de l’échec du premier PPLD. Ces deux questions se rejoignent. Nous rencontrons plusieurs acteurs du mouvement de la Décroissance puis commençons à développer la stratégie politique que l’on retrouve dans la plateforme de convergence de l’AdOC, nouveau mouvement politique créé entre temps avec nos amis du MOC.

Suite à une crise de croissance, l’AdOC en tant qu’entité politique visible qui n’aboutit pas. Nous nous recroquevillons dans nos coquilles, donc, par défaut, dans un parti : le PPLD.

Un Parti ? « Mais c’est pyramidal, partisan, une machine de guerre à élections, de quête de pouvoir pour le pouvoir, etc. »
Si nous sommes dans un parti, c’est surtout par un concours de circonstances. C’est d’autant plus surprenant que nous remettons clairement en question les institutions de notre modèle de société laissant croire que la politique se limite à un de ses outils le jeu des élections et son système de partis, et aux rapports au pouvoir. Et nous participons aussi… à des élections… mais quand même de manière non-électoraliste…

En fait, nous expérimentons une stratégie qui consiste à changer la société à la fois à l’intérieur des institutions mais aussi à l’extérieur.

Comment s’y retrouver ? Un Parti qui n’a de parti que le nom et qui participe à des élections de manière non-électoraliste ?
Depuis 2008-2009, nous n’avons pas souhaité nous organiser dans le but de prendre le pouvoir, avec l’architecture hiérarchique, l’organisation financière et administrative que cela implique. Nous avons souhaité nous protéger des dérives courantes, telles que les luttes de pouvoir et les stratégies d’alliances qui ont pour but de favoriser des intérêts privés. Nous avons surtout fait ce choix parce que c’est le seul fonctionnement qui nous convienne naturellement …
Nous sommes un collectif, qui tend vers l’autogestion, et ouvert.

Alors, enfin ! Ce dimanche 21 juin 2014, nous avons fait un grand pas vers plus de cohérence en assumant ce que disait Cornelius Castoriadis : « Non pas s’inscrire à un parti pour en suivre docilement les ordres (…). Mais agir en tant que citoyen. »

Sortir de la politique du combat pour tendre vers la politique du construire ensemble
Il ne suffit pas de s’appeler mouvement pour ne pas fonctionner de manière centralisée et partidaire. Il ne suffit pas de s’appeler union pour ne pas participer à des élections uniquement de manière électoraliste. Il ne suffit pas de s’appeler association pour dépasser les combats d’égos et les jeux de pouvoir. Ainsi, nous construisons la transition ; de cette société de croissance, d’égos, de pouvoir, du spectacle, dans laquelle nous avons grandi et qui nous a conditionnés, vers des sociétés autonomes et conviviales, de partage et de responsabilité. Autant il est facile d’intellectualiser ces critiques, autant il est difficile d’en tenir compte au quotidien et de manière collective.

Nous expérimentons de nouvelles manières de faire la politique, non plus pour prendre le pouvoir, que ce soit individuellement dans son groupe, ou collectivement dans la société, mais pour construire ensemble des alternatives, ouvrir des chemins vers de nouveaux modèles de sociétés soutenables et souhaitables.

Nous décolonisons notre imaginaire partidaire… nous sommes Parti-e-s Pour La Décroissance
Appuyons-nous, avec humilité, auto-critique, humour, respect et recul sur tous les outils en notre possession. Soyons sérieux sans nous prendre au sérieux. Apprenons le « lâcher prise ».
« Il y a autant de chemins vers la Décroissance que d’Objectrices et d’Objecteurs de Croissance »… et l’enjeu est de permettre à toutes et tous de choisir et de trouver celui où il aura sa place.
C’est pourquoi nous parlons des quatre niveaux politiques de la Décroissance (1), mais aussi des différentes façons de les faire interagir, tant ils sont complémentaires les uns avec les autres. Nous devons expérimenter, construire, déconstruire, explorer de nouvelles manières de vivre ensemble. Il s’agit de penser et de vivre un réseau horizontal de collectifs, d’associations, de mouvements et peut-être de partis divers et variés, ainsi que de groupes locaux et/ou thématiques, s’appuyant sur un ou plusieurs de ces quatre niveaux. Un réseau s’inscrivant dans la relocalisation ouverte. Ces liens, ces passerelles entre chacun et chacune doivent être solidaires, mais aussi critiques les unes et les uns avec les autres.
Dans cette logique de construire la transition, dans cette recherche d’une masse critique, nous devons nous approprier tous les outils de transformation à notre disposition, sans illusion, avec prudence et surtout en gardant toujours à l’esprit l’objectif initial de notre démarche : une société juste, conviviale, démocratique, soutenable et surtout souhaitable !

.
Pour une Décroissance sereine, soutenable et surtout conviviale !
Nous étions dans un parti et avons su le transformer en collectif à travers nos réflexions, échanges et notre mode de fonctionnement artisanal, collectif, horizontal, cogéré et surtout convivial.

Avec humilité, humour et auto-critique, nous essayons de colporter avec cohérence les idées de la Décroissance, ses projets, ses programmes, ses chemins, ses méthodes … dans le respect de nos diversités.

La transition est en marche et nous sommes donc bel et bien Parti-e-s Pour La Décroissance.

Le collectif Parti-e-s Pour La Décroissance

(1) le collectif à travers les alternatives concrètes, le projet avec un projet de transition et aussi une réflexion sur ce que peuvent être des sociétés de Décroissance, la visibilité comprenant l’organisation de rencontres-débats, de manifestations, le passage dans les médias, la participation à des élections de manière non-électoraliste, et le niveau individuel à travers la simplicité volontaire et la décolonisation de l’imaginaire

12 Responses to Nous sommes Parti-e-s Pour La Décroissance

  1. Pingback : La Décroissance sans l’austère, entretien avec Vincent Liegey par Valérie de Saint-Do pour le journal HUM | Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d'Autonomie

  2. Lény dit :

    Weil je suis un jeune de jeune et je pense qu’il ne faut pas confondre la prise de pouvoir d’un individu sur un groupe et d’un groupe sur un autre groupe, comme il le précise dans le texte : « Nous expérimentons de nouvelles manières de faire la politique, non plus pour prendre le pouvoir, que ce soit individuellement dans son groupe, ou collectivement dans la société ». La prise de pouvoir n’est pas la même. Et il nous appartient d’apprendre individuellement (ou de réapprendre), dans un groupe, à ne pas se laisser dominer et pour ça l’analyse transactionnelle, par exemple, est un très bonne outil de compréhension de notre rapport à l’autre et au groupe. Mais je ne suis pas d’accord avec toi pour dire que cette histoire est génétique, pour moi ce n’est que des réflexes de soumissions que l’on apprend, malheureusement, dès notre plus jeune âge et tout le long de notre vie : école, travail, famille, etc. Ces réflexes nous conditionnent, en parti, à maintenir notre position de dominé face au pouvoir. N’oublions pas que nous sommes, aujourd’hui, dans ce système et donc, nous pensons dans ce système…

  3. Weil dit :

    Je suis un vieux de la vieille, je me suis présenté aux législatives pour faire connaître le mouvement de la décroissance, sachant très bien que je ne serais pas élu et ce fut une expérience intéressante, distribution de tracts, discussions avec les promeneurs. Je suis même intervenu sur l’estrade du parti des verts, en faveur de Danièle Auroy, et j’ai été chaleureusement applaudi. Des participants sont venus me complimenter, mais je ne prends pas du tout la grosse tête.
    Ensuite, j’ai participé à une ou deux actions avec des jeunes, les indignés, les colibris, et j’apprécie beaucoup leurs actions, manifs, vide-grenier gratuit, etc.
    Cependant, j’ai la nette impression qu’un mouvement en réseau où il n’y a pas de « tête » ne peut rassembler beaucoup de monde, mais je me trompe peut-être, alors détrompez-moi.
    Depuis pas mal de millions d’années, les mammifères vivant en société ont un « dominant » qui profite certes des femelles et des meilleurs morceaux des proies abattues, mais il conduit la horde, et même chez les non-prédateurs , poules, moutons, vaches, cervidés, existe une hiérarchie. Cette nécessité d’un meneur est inscrite dans nos gênes, pouvons nous, sous prétexte que nous sommes des hommes, en faire l’économie? D’ailleurs, même dans les associations, ce sont toujours deux ou trois personnes qui prennent des initiatives, organisent des réunions, des manifestations.
    Je me suis rendu compte que les gens qui s’expriment bien et savent formuler avec netteté les attentes plus ou moins conscientes de tout un chacun ont leurs oreilles. Dans un combat, car il s’agit vraiment de cela, non, ne faut-il pas un  » chef » qui monte sur la barricade et entraîne la troupe ? Quand je fais ces remarques on me répond que le pouvoir corrompt, raison pour laquelle il ne faut surtout ni le rechercher, ni le confier à un individu. Jaurès, De Gaulle, Mendès-France, Moulin, et bien d’autres étaient-ils corrompus ?

    • Denis dit :

      Bonjour,
      Ce n’est pas que j’aie beaucoup de temps à consacrer aujourd’hui à taper une réponse à vos mots, mais ils résonnent si bien dans mon vécu, que je trouve que cela en vaut la peine. Je pense que l’Homme, lorsqu’il est jeune, grandit dans la recherche d’une sécurité, d’abord physique, mais aussi psychologique. Et peu sont ceux qui arrivent, à maturité, à s’affranchir de cette recherche. La condition de l' »infans » étant celle de « celui qui n’a pas la parole », elle va de pair avec cette difficulté à mûrir et ceux qui prennent la parole facilement ont beau jeu de se faire les « porte-parole » de ceux qui y ont renoncé et qui se contentent de cet état de dépendance. Vous avez raison de dire que face à un orateur chevronné, un citoyen de base qui n’a pas une élocution aussi aisée, a peu de chance de remporter l’adhésion d’un auditoire, car la majorité d’une assistance a tendance à suivre les bons orateurs d’autant plus que le nombre, dans un groupe, promotionne des phénomènes régressifs. A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de prendre la direction d’un groupe de type syndical et cette position m’a parue mystificatrice et mensongère. La relation père-enfant ne m’a jamais intéressée dans ce contexte, ni dans le rôle de l’enfant, ni dans le rôle du père. Je crois qu’il s’agit-là d’un grand chantier (pour ne pas dire combat, pour aller dans le sens de nos amis du PPLD), au même titre que l’éducation populaire ou le féminisme, que de laisser sa place à d’autres, alors que la situation nous porte au pouvoir (cf. José Bové dont j’ai admiré le fait qu’il décide de se retirer du sommet de la pyramide, ou Besancenot, ou d’autres, bien trop peu nombreux, je vous l’accorde). Et pour cela, il est impératif de redonner confiance à tout un chacun en soi, en sa capacité à figurer comme un citoyen respectable dans le débat politique. Il faut apprendre à se méfier comme de la peste des « bons orateurs ». L’accès à la politique pour tous me paraît, en ce sens être un levier indispensable à trouver et c’est pourquoi je trouve que les idées du PPLD auquel je suis sur le point d’adhérer, correspondent bien à un début de solution.
      Amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *