{"id":9662,"date":"2021-06-14T08:09:54","date_gmt":"2021-06-14T07:09:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?p=9662"},"modified":"2021-11-19T09:33:05","modified_gmt":"2021-11-19T08:33:05","slug":"le-chomage-le-grand-detournement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?p=9662","title":{"rendered":"Le ch\u00f4mage : le grand d\u00e9tournement"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?attachment_id=2753\" rel=\"attachment wp-att-2753\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2753 alignleft\" src=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/un-projet-de-decroissance.jpg\" alt=\"\" width=\"161\" height=\"89\" \/><\/a>\u00ab Nous avons invent\u00e9 une montagne de besoins superficiels; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l\u2019on d\u00e9pense vraiment, c\u2019est notre temps de vie. Parce que lorsque j\u2019ach\u00e8te quelque chose ou que toi tu ach\u00e8tes quelque chose, tu ne l\u2019ach\u00e8tes pas avec de l\u2019argent, tu l\u2019ach\u00e8tes avec le temps de vie que tu as d\u00e9pens\u00e9 pour gagner cet argent. A cette diff\u00e9rence que la seule chose qui ne peut pas \u00eatre achet\u00e9e, c\u2019est la vie. La vie ne fait que s\u2019\u00e9couler et quel malheur de l\u2019employer \u00e0 perdre notre libert\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Car quand est-ce que je suis libre? Je suis libre quand j\u2019ai du temps pour faire ce qui me pla\u00eet et je ne suis pas libre quand je dois d\u00e9penser de mon temps pour acqu\u00e9rir des choses mat\u00e9rielles cens\u00e9es me permettre de vivre. De fait, lutter pour la libert\u00e9 c\u2019est lutter pour disposer de temps libre. \u00bb<\/em><br \/>\nJos\u00e9 Mujica \u2013 Pr\u00e9sident de l\u2019Uruguay de 2010 \u00e0 2015 \u2013 Extrait choisi du film Human<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?attachment_id=9688\" rel=\"attachment wp-att-9688\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9688\" src=\"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Le-chomage-le-grand-detournement.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"448\" srcset=\"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Le-chomage-le-grand-detournement.jpg 900w, https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Le-chomage-le-grand-detournement-300x149.jpg 300w, https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Le-chomage-le-grand-detournement-768x382.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Travailler, c\u2019est partager<\/strong><\/h2>\n<p><strong>La croissance cr\u00e9e de l\u2019emploi ?<\/strong><!--more--><br \/>\nEn Occident, depuis plus de 50 ans, toutes les politiques sont centr\u00e9es sur la question du ch\u00f4mage. Quelles que soient les tendances politiques, la solution perp\u00e9tuellement d\u00e9clam\u00e9e est de relancer la croissance. Certes, des d\u00e9saccords existent sur les mani\u00e8res de cr\u00e9er cette croissance, voire sur la r\u00e9partition de ses fruits, mais manifestement, la n\u00e9cessit\u00e9 de croissance fait l\u2019unanimit\u00e9 pour r\u00e9gler le probl\u00e8me du ch\u00f4mage. Car \u00ab la Croissance, \u00e7a cr\u00e9e de l\u2019emploi !! \u00bb. Or, depuis plus de 50 ans, la croissance est toujours positive, de plus en plus de richesses mat\u00e9rielles sont produites, et pourtant, le ch\u00f4mage ne cesse d\u2019augmenter et reste un probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 majeur.<br \/>\nNe serait-il pas temps de changer d\u2019approche ? Et si la croissance ne cr\u00e9ait pas plus d\u2019emplois qu\u2019elle n\u2019en d\u00e9truit ? Allons plus loin. Et si le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9taient les cons\u00e9quences directes de l\u2019id\u00e9ologie de la croissance, c&rsquo;est-\u00e0-dire du productivisme et du consum\u00e9risme ? Dans une soci\u00e9t\u00e9 aux besoins toujours plus immenses, comment soutenir le train de vie de certains, sans le faire au d\u00e9triment des autres ? Dans une soci\u00e9t\u00e9 de la frustration permanente, comment penser le partage du travail et de ses fruits, sans avoir peur de ne pas avoir assez ?<span class=\"im\"><br \/>\nUne contrainte suppl\u00e9mentaire s\u2019ajoute au mythe de la croissance, seule capable de cr\u00e9er de l\u2019emploi. C\u2019est la contrainte environnementale, la d\u00e9pl\u00e9tion des ressources, la destruction de la biodiversit\u00e9, et le changement climatique. Une croissance illimit\u00e9e est impossible. C\u2019est une certitude, la croissance va s\u2019arr\u00eater. Et m\u00eame si ces questions ne sont plus m\u00e9connues, elles sont compl\u00e8tement ignor\u00e9es, par tous, quand il s\u2019agit de s\u2019attaquer au \u00ab probl\u00e8me \u00bb du ch\u00f4mage. Ce qui est une erreur monumentale car le ch\u00f4mage n\u2019est que le sympt\u00f4me de probl\u00e8mes interconnect\u00e9s, dont la crise \u00e9cologique.<br \/>\n<\/span> L\u2019intention de la D\u00e9croissance est de r\u00e9pondre conjointement \u00e0 la crise environnementale, \u00e0 l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s et \u00e0 la perte de sens, engendr\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 de Croissance. En cela, elle pr\u00e9tend proposer des solutions au sympt\u00f4me du ch\u00f4mage en pensant totalement diff\u00e9remment la production (le contenu et la quantit\u00e9) ainsi que le partage (travail et redistribution). Solutions qu\u2019on retrouve autour de l\u2019anticonsum\u00e9risme (antipub, qu\u00eate de sens, modes de vie alternatifs), les diff\u00e9rents revenus de base tel que la Dotation Inconditionnelle d\u2019Autonomie, les m\u00e9canismes de solidarit\u00e9, etc., etc.<span class=\"im\"><br \/>\nDire que \u00ab la croissance, c\u2019est le probl\u00e8me \u00bb pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un slogan. Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit du ch\u00f4mage, ce slogan est une nouvelle fois r\u00e9ellement fond\u00e9.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span class=\"im\"><strong>Consommer plus pour travailler plus \u2026<\/strong><br \/>\nPour bien saisir, il faut d\u2019abord distinguer la notion de travail de celles de l\u2019emploi et du ch\u00f4mage. Le travail recouvre des notions vari\u00e9es. C\u2019est du temps pass\u00e9 \u00e0 produire des biens et services. Lorsqu\u2019il est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, il devient un emploi qui s\u2019apparente \u00e0 la marchandisation du travail. L\u2019emploi ne concerne donc pas la totalit\u00e9 du temps humain \u00e0 travailler. Tout travail n\u2019est pas synonyme d\u2019emploi. Ainsi, le travail d\u00e9signe \u00e9galement des activit\u00e9s non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es (travail domestique, familial, associatif, de l\u2019\u00e9tudiant \u2026).<br \/>\nDans notre soci\u00e9t\u00e9, le travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u2013 l\u2019emploi donc \u2013 est consid\u00e9r\u00e9 comme une condition fondamentale de la vie humaine car il procure \u00e0 l\u2019homme des moyens d\u2019existence. Dans une soci\u00e9t\u00e9 marchande o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s aux richesses passe n\u00e9cessairement par la monnaie, l\u2019emploi devient quasiment le seul moyen de subsister. Le ch\u00f4mage devenant l\u2019absence d\u2019autonomie et la condamnation \u00e0 l\u2019assistance sociale.<br \/>\n<\/span> Dans une soci\u00e9t\u00e9 au p\u00e9trole abondant, le besoin de travailler pour r\u00e9pondre aux besoins de haute n\u00e9cessit\u00e9 est bien inf\u00e9rieur \u00e0 35h par personne. D\u2019aucuns parlent de 10 \u00e0 15 heures par semaine. D\u2019abord, parce que le p\u00e9trole permet d\u2019utiliser des machines, mais aussi parce qu\u2019il permet d\u2019aller exploiter des populations du bout du monde, ce qui dans les deux cas augmente le gain de productivit\u00e9. Si seulement, notre vision du \u00ab travaillisme \u00bb &#8211; incapable d\u2019envisager la r\u00e9duction du temps de travail \u2013 ne nous poussait pas au productivisme infini, pour lutter contre le ch\u00f4mage.<span class=\"im\"><br \/>\nPar cons\u00e9quent, pour lutter contre le ch\u00f4mage le raisonnement de nos \u00ab \u00e9lites \u00bb est simple : il suffit de cr\u00e9er du travail. Et pour cr\u00e9er du travail, il faut cr\u00e9er toujours plus de besoins, donc jouer sur nos frustrations et nos d\u00e9sirs. Il faut aussi que l\u2019ensemble de nos vies soit marchandis\u00e9, car ce qui est marchandis\u00e9 n\u00e9cessite une production de biens ou de services donc des emplois \u2026 Pour cr\u00e9er de l\u2019emploi, n\u2019importe quel travail qui produise des marchandises qui se vendent, ou des services qui se monnayent, vaut le coup d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9. Et ce, quelle que soit son utilit\u00e9 ou ses impacts sociaux et environnementaux. Tant que \u00e7a se vend, nous produisons toujours plus et peu importe les cons\u00e9quences.<br \/>\nAinsi, la lutte contre le ch\u00f4mage pousse \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer ces emplois inutiles. Et notre soci\u00e9t\u00e9 est aspir\u00e9e par le consum\u00e9risme et le productivisme.<br \/>\n<\/span> Serions-nous alors dans une impasse ? Condamn\u00e9s \u00e0 consommer toujours plus, \u00e0 d\u00e9nier les limites environnementales, \u00e0 mettre sous le tapis la croissance des in\u00e9galit\u00e9s, et \u00e0 se moquer de la perte de sens sous pr\u00e9texte d&rsquo; avoir tous un emploi, quel qu\u2019il soit ? Serions-nous condamn\u00e9s \u00e0 voir brandir le spectre du ch\u00f4mage et la perte de pouvoir d\u2019achat quand il s\u2019agit de mettre en place la transition \u00e9cologique ?<\/p>\n<p><span class=\"im\"><strong>Les emplois verts et notre train de vie<\/strong><br \/>\n<\/span> Nos amis \u00e9cologistes tentent de r\u00e9soudre cette contradiction en clamant que l\u2019\u00e9cologie cr\u00e9e justement de l\u2019emploi. Les \u00e9oliennes, \u00e7a cr\u00e9e de l\u2019emploi ; isoler les b\u00e2timents cr\u00e9e de l\u2019emploi ; l\u2019agriculture bio cr\u00e9e de l\u2019emploi ; fabriquer des voitures \u00e9lectriques, \u00e7a cr\u00e9e de l\u2019emploi ; la transition vers une agriculture de proximit\u00e9 \u00e0 petite \u00e9chelle ou encore l\u2019artisanat cr\u00e9e de l\u2019emploi, etc, etc. Dans un sens, ce n\u2019est pas faux. Mais m\u00eame si notre intention n\u2019est pas de remettre en cause leur sinc\u00e9rit\u00e9, ce genre de propos donne \u00e0 penser que la \u00ab transition \u00e9cologique \u00bb telle qu\u2019elle est pens\u00e9e aujourd\u2019hui, permettrait de donner du boulot \u00e0 tout le monde, tout en maintenant le m\u00eame train de vie. En cela, c\u2019est une imposture.<span class=\"im\"><br \/>\n&#8211; Soit la cr\u00e9ation d\u2019emplois se fait en remplacement d\u2019autres d\u2019emplois, et c\u2019est de la reconversion. On remplace une production par une autre. Le charbon par l\u2019\u00e9olien par exemple. On a donc remplac\u00e9 un emploi par un autre. On pollue moins, ce qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable, mais on ne produit pas plus d\u2019\u00e9nergie, donc de richesses. Au final, on a autant d\u2019emplois pour autant de richesses produites.<br \/>\n<\/span> &#8211; Soit la cr\u00e9ation d\u2019emplois se fait au d\u00e9triment de notre train de vie, et c\u2019est du partage d\u2019emplois. On remplace la m\u00e9canisation agricole par de la main d\u2019\u0153uvre, par exemple. Ce qui \u00e9tait produit par un seul individu l\u2019est alors par plusieurs individus. La m\u00eame quantit\u00e9 est produite \u00e0 plusieurs. Ce qui revient \u00e0 partager en parts plus nombreuses, une m\u00eame quantit\u00e9 produite. Ce qui revient donc \u00e0 des salaires partag\u00e9s.<span class=\"im\"><br \/>\nDans ces deux cas, certes, les activit\u00e9s sont plus soutenables \u00e9cologiquement, mais soit nous ne cr\u00e9ons pas d\u2019emploi, soit nous baissons notre train de vie. Au final, il n\u2019y a pas de cr\u00e9ations franches d\u2019emplois \u00e0 pouvoir d\u2019achat constant sans croissance, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans compromettre la transition \u00e9cologique.<br \/>\n<\/span> Mais il y a pire comme mystification. Le pire, c\u2019est de cr\u00e9er des emplois dits \u00ab \u00e9cologiques \u00bb qui n\u2019ont pas d\u2019effets b\u00e9n\u00e9fiques sur l\u2019environnement. C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00e9conomie verte. Ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9conomie au service de l\u2019\u00e9cologie. C\u2019est l\u2019\u00e9cologie au service de l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est l\u2019esprit des diff\u00e9rentes lois r\u00e9centes (la \u00ab loi de transition \u00e9cologique pour la croissance verte \u00bb, la \u00ab loi climat \u00bb) qui, en d\u00e9pit de quelques bonnes intentions, servent, soit de pr\u00e9textes pour cr\u00e9er de nouveaux secteurs \u00e9conomiques facteurs de nouvelles croissances, soit \u00e0 l\u00e9gitimer \u00e0 coups de peintures vertes des pollutions et gaspillages pour maintenir des secteurs en activit\u00e9. Dans ce contexte, nous voyons parfaitement l\u2019enjeu que repr\u00e9sente le r\u00e9chauffement climatique en terme de \u00ab cr\u00e9ation d\u2019emplois \u00bb et la manne que sont le green-washing, la croissance \u00e9cologique, les smarts technologies et caetera.<br \/>\nMais, ne nous leurrons pas, la croissance aura beau \u00eatre verte \u00e9carlate, elle ne se fera pas sans destruction de l\u2019environnement. Le d\u00e9couplage entre PIB et consommation de ressources (notamment le p\u00e9trole et les terres rares) n\u2019existe pas, l\u00e0 aussi il s\u2019agit bien d\u2019un mythe.<\/p>\n<p><span class=\"im\"><strong>Toxics jobs<\/strong><br \/>\nMais le cercle destructeur du travail va plus loin. Sous pr\u00e9texte de \u00ab cr\u00e9er de l\u2019emploi pour cr\u00e9er de l\u2019emploi \u00bb, on tombe dans un m\u00e9canisme d\u2019emplois toxiques qui rend encore plus injuste le partage des richesses par l\u2019emploi.<br \/>\n<\/span> Avant d\u2019aborder les emplois toxiques, constatons que m\u00eame les emplois ordinaires sont souvent destructeurs pour les travailleurs, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Les contraintes de productivit\u00e9 ou les cadences impos\u00e9es (avec l\u2019adage du travailler plus avec moins de personnel) finissent par casser les individus. Donc, m\u00eame en temps \u00ab normal \u00bb, nous sommes loin du travail sens\u00e9 contribuer \u00e0 notre \u00e9panouissement et nous \u00e9lever, tant celui-ci rime avec stress, d\u00e9pression, harc\u00e8lement, accident de travail, voire suicide \u2026<span class=\"im\"><br \/>\nCeux qui travaillent souffrent de travailler tandis que ceux qui ne travaillent pas souffrent de ne pas travailler.<br \/>\nS\u2019ajoute \u00e0 cela ce concept r\u00e9cent de bullshit jobs, port\u00e9 par David Graeber, qui est venu confirmer la crise de l\u2019emploi : \u00ab\u00a0Je d\u00e9finis un travail comme un job \u00e0 la con, quand m\u00eame la personne qui effectue ce travail ne peut pas justifier l\u2019existence de son travail. Ou si cette personne pense que si son job n\u2019existait pas, cela ne ferait aucune diff\u00e9rence, voire que le monde s&rsquo;en porterait m\u00eame mieux\u00a0\u00bb. Nos soci\u00e9t\u00e9s capitalistes reposeraient d\u00e9sormais sur l\u2019ali\u00e9nation d\u2019une majorit\u00e9 de travailleurs par l\u2019occupation d\u2019emplois simplement inutiles voire vides de sens. A ces emplois, nous pourrions rajouter les destroy jobs, ces emplois qui ont un impact n\u00e9faste sur l\u2019environnement (en sachant que les bullshit jobs sont tr\u00e8s souvent des destroy jobs).<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas de porter un jugement de valeur sur les employ\u00e9s, ni m\u00eame sur les m\u00e9tiers en question, il s\u2019agit de r\u00e9fl\u00e9chir aux impacts de ces emplois.<br \/>\nIci, il s\u2019agit donc des emplois qui ne participent pas \u00e0 la cr\u00e9ation de richesses n\u00e9cessaires \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, comme le logement, l\u2019alimentation, les v\u00eatements, la sant\u00e9, les services publics, l\u2019\u00e9ducation, les liens sociaux, \u2026. Il s\u2019agit de ceux qui auraient plut\u00f4t tendance \u00e0 cr\u00e9er de la frustration (la publicit\u00e9), du virtuel (la com\u2019 et le management), du hors-sol (la finance, l\u2019optimisation fiscale), du futile (le consum\u00e9risme), du gaspillage (certains transports, les d\u00e9chets absurdes, etc.), mais ont malheureusement un impact bien concret sur la vie des gens et sur l\u2019environnement.<br \/>\nL\u2019impact sur l\u2019environnement est \u00e9vident. La plupart de ces emplois ont pour seul objectif de produire pour produire. Peu importe que l\u2019utilit\u00e9 sociale soit discutable, voire nulle, ces bullshit-job sont l\u00e0 pour faire du PIB. Or, il n\u2019y pas de d\u00e9-corr\u00e9lation possible entre le PIB et la consommation de ressources. Tous les emplois, quels qu\u2019ils soient, sont sources (plus ou moins directes) de gaspillages, de pollutions, de destructions \u2026<br \/>\n<\/span> L\u2019impact sur la vie des gens peut s\u2019expliquer d\u2019une fa\u00e7on simple, certes grossi\u00e8re, mais physiquement juste. Les titulaires de ces emplois transf\u00e8rent la charge de travail n\u00e9cessaire \u00e0 subvenir \u00e0 leurs propres besoins sur d\u2019autres travailleurs. En effet, les emplois toxiques ne r\u00e9pondent pas aux besoins de n\u00e9cessit\u00e9, mais les employ\u00e9s touchent quand m\u00eame un salaire qui leur permet d\u2019acc\u00e9der aux richesses n\u00e9cessaires pour se loger, se nourrir, de soigner, de v\u00eatir, etc. Tous ces biens sont donc produits par d\u2019autres travailleurs en \u00e9change de l\u2019inutilit\u00e9 des \u00ab bullshit jobs \u00bb. Ce qui revient \u00e0 contraindre ces travailleurs \u00e0 travailler plus que n\u00e9cessaire, ou \u00e0 gagner moins que ce que leur travail m\u00e9riterait. D\u00e9j\u00e0 que le \u00ab devoir d\u2019achat \u00bb est important, ces travailleurs doivent passer une partie de leur temps de travail \u00e0 entretenir des \u00ab rentiers \u00bb.<span class=\"im\"><br \/>\nCertains de ces emplois toxiques sont m\u00eame mis sur un pi\u00e9destal car ils procurent des salaires \u00e9lev\u00e9s et une reconnaissance sociale ind\u00e9cente\u2026 Les in\u00e9galit\u00e9s, financi\u00e8res et morales s\u2019en trouvent renforc\u00e9es.<br \/>\n<\/span> Pour les emplois toxiques qui ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de reconnaissance sociale, l\u2019impact humain est catastrophique &#8211; d\u00e9pression, burn-out, mal-\u00eatre physique et psychologique &#8211; ces employ\u00e9s ayant de plus en plus conscience de la superficialit\u00e9 de leur contribution \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le ch\u00f4mage, le grand d\u00e9tournement<\/strong><br \/>\nLa solution au ch\u00f4mage n\u2019est donc pas de produire toujours plus. Il faudrait le r\u00e9p\u00e9ter mille et mille fois. La solution du ch\u00f4mage n\u2019est donc pas de produire toujours plus.<br \/>\nDerri\u00e8re la question de l\u2019emploi se cache d\u2019abord la question du partage. Elle se \u00ab cache \u00bb au sens propre, car la gravit\u00e9 des cons\u00e9quences du ch\u00f4mage permet d\u2019occulter toutes les questions de soci\u00e9t\u00e9 sous-jacentes. Le ch\u00f4mage, pr\u00e9sent\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel contre lequel il faut lutter tous ensemble au del\u00e0 des clivages, c\u2019est bien pratique pour d\u00e9tourner l\u2019attention de la population. La priorit\u00e9 \u00e9tant de cr\u00e9er de l\u2019emploi, il est donc ind\u00e9cent de questionner le pourquoi et le comment des emplois. Et pourtant, c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Partager quoi, avec qui et comment ?<\/strong><\/h2>\n<p><strong>\u00ab Partager quoi ? \u00bb.<\/strong> Moins, mais mieux ! Une soci\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre soutenable que si nous produisons moins. Mais elle ne peut \u00eatre souhaitable que si chacun b\u00e9n\u00e9ficie du n\u00e9cessaire pour vivre d\u00e9cemment. Alors, quitte \u00e0 produire moins, passons-nous du superflu pour nous concentrer sur le n\u00e9cessaire ! Qu\u2019est-ce qu\u2019on veut produire, pourquoi et comment ? Quelle alimentation, quels services publics, quels transports, quelle \u00e9ducation, quelle science voulons-nous ?<br \/>\nEvidemment, il serait absurde d\u2019imaginer d\u00e9cro\u00eetre toutes nos consommations proportionnellement au m\u00eame coefficient. Manger un peu moins, se soigner moins, s\u2019habiller moins, se chauffer moins, etc ? La sobri\u00e9t\u00e9 ne signifie surtout pas la m\u00eame chose en moins, car cela aurait des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur notre bien-vivre et notre sant\u00e9. Cela n\u2019aurait aucun sens.<br \/>\nC\u2019est pourtant ce qui se passe avec les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui se g\u00e9n\u00e9ralisent dans les pays occidentaux. O\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un projet de \u00ab d\u00e9croissance choisie \u00bb est ni\u00e9e, alors m\u00eame qu\u2019ils subissent une crise qui s\u2019apparente \u00e0 une \u00ab d\u00e9croissance subie \u00bb. Cette crise signe le fait que l&rsquo;\u00e9conomie de la croissance atteint ses limites. Aujourd\u2019hui, un Occidental qui a du mal \u00e0 boucler ses fins de mois est pourtant opulent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te et son empreinte \u00e9cologique est d\u00e9j\u00e0 insoutenable. Comment peut-on cr\u00e9er un sentiment de pauvret\u00e9 tout en consommant toujours plus ? R\u00e9ponse : en imposant, dans un monde limit\u00e9, de plus de plus de besoins, sans se poser la question du sens.<br \/>\nLe d\u00e9bat public sur le \u00ab superflu et le n\u00e9cessaire \u00bb doit avoir lieu d\u2019urgence. Notamment quand ce superflu est aussi toxique. Nous ne pouvons pas continuer \u00e0 cr\u00e9er de l\u2019emploi pour cr\u00e9er de l\u2019emploi sans questionner les impacts de ces productions. Il y a milles mani\u00e8re de se passer du superflu : lutter contre les gaspillages, partager, r\u00e9utiliser, recycler, mais aussi changer nos usages. Et la seule production vraiment verte, soutenable, recyclable, circulaire, etc. reste celle dont on se passe ! La sobri\u00e9t\u00e9. Ce qui revient \u00e0 questionner en profondeur notre train de vie.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Partager avec qui ? \u00bb<\/strong>. \u00ab Avec qui ? \u00bb pose la question des territoires, des \u00e9chelles, des fronti\u00e8res, des signes de reconnaissance, du sentiment d\u2019appartenance et de la mondialisation.<br \/>\nA l\u2019\u00e9chelle mondiale, les Occidentaux sont d\u2019abord riches des ressources et du temps de travail des autres. L\u2019\u00e9conomie mondialis\u00e9e cause des horreurs environnementales et humaines. Elle fait de chacun de nous un pr\u00e9dateur qui l\u2019ignore ou qui fait semblant de l\u2019ignorer. Quand les ressources viennent de si loin, quand la main d\u2019\u0153uvre est invisible, le \u00ab ici et le maintenant \u00bb prennent le dessus. La destruction de la for\u00eat amazonienne ne fait pas le poids devant le sourire de nos enfants qui se r\u00e9galent des tartines au chocolat. L\u2019exploitation d\u2019autres enfants ou la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 mini\u00e8re, de l\u2019extractivisme ne font pas le poids devant la r\u00e9volution num\u00e9rique tellement pratique qu\u2019on ne saurait plus faire sans (surtout en ces temps de t\u00e9l\u00e9travail, de clique et collecte, etc\u2026). D\u2019autant qu\u2019elle \u00ab saurait sauver l\u2019environnement \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019innovation et au mythe des \u00ab smart technologies \u00bb ! Cette dimension mondialis\u00e9e, en plus de poser la question du \u00ab comment partager \u00bb d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9e, pose aussi la question du \u00ab avec qui \u00bb.<br \/>\nIl est sain et naturel de privil\u00e9gier le \u00ab ici et le maintenant \u00bb. Mais \u00e0 la seule condition de le r\u00e9appliquer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie via une relocalisation ouverte : une r\u00e9elle relocalisation de l\u2019\u00e9conomie ; une vraie ouverture aux autres. La relocalisation ouverte invite \u00e0 repenser l\u2019\u00e9chelle des territoires, les types de r\u00e9seaux entre ceux-ci. On privil\u00e9giera des zones resserr\u00e9es pour la production alimentaire, dans un esprit de coop\u00e9ration avec les territoires impact\u00e9s par cette relocalisation ; et maintenir des distances qui vont bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res pour ce qui est des liens humains. La relocalisation ouverte est au c\u0153ur d\u2019une v\u00e9ritable transition \u00e9cologique et sociale, autour de laquelle toutes les autres voies s\u2019articulent.<br \/>\nMais attention \u00e0 ne pas confondre la relocalisation ouverte avec le localisme port\u00e9 par des courants d&rsquo;extr\u00eame droite. Les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 sont \u00e0 juste titre ressenties par les citoyens comme la marque d\u2019un dysfonctionnement des outils de partage qui conduit \u00e0 la croissance des in\u00e9galit\u00e9s. Il est donc compr\u00e9hensible que, parfois, les citoyens se recentrent sur ce qui para\u00eet faire commun et, par voie de cons\u00e9quence, se tournent vers le principe d\u2019un localisme. Malheureusement, celui-ci ne remet pas en cause l\u2019exploitation des humains et des ressources mondiales et s\u2019accompagne d\u2019un protectionnisme d\u00e9fensif. Ce protectionnisme mondialis\u00e9, teint\u00e9 de localisme de \u00ab bon sens \u00bb revient \u00e0 continuer \u00e0 exploiter la plan\u00e8te et les humains, tout en se prot\u00e9geant des cons\u00e9quences de cette exploitation. Et de ce fait \u00e0 adopter des politiques autoritaires et agressives. Les politiques nationalistes \u00e9mergentes sont d\u2019une hypocrisie sans nom. Une sorte d\u2019exacerbation du mod\u00e8le occidental dit \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb. Le programme, c\u2019est de consommer encore plus dans les pays riches ; d\u2019exploiter et polluer encore plus dans les pays pauvres ; de continuer \u00e0 fermer les yeux sur les cons\u00e9quences de nos actes, et de s\u2019en prot\u00e9ger toujours en fermant les fronti\u00e8res \u00e0 des humains. C\u2019est insoutenable, injuste, ind\u00e9cent, violent, barbare.<br \/>\nLa relocalisation ouverte est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce mod\u00e8le. En ce sens, la relocalisation concerne aussi, bien \u00e9videmment, les ressources qui ne sont pas disponibles partout sur la terre, comme le p\u00e9trole ou les terres rares. En r\u00e9alit\u00e9, ces derni\u00e8res sont disponibles un peu partout, mais nous, les Occidentaux, ne sommes pas pr\u00eats \u00e0 en assumer la production \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez soi. Ce qui est symptomatique de la mondialisation unilat\u00e9rale vue de l\u2019Occident.<br \/>\nDans le cadre d\u2019une relocalisation ouverte, le partage du p\u00e9trole se ferait via une coop\u00e9ration non-violente. Mais, avant de r\u00e9glementer le partage, il faudrait penser la r\u00e9silience des territoires et des individus. Car, en r\u00e9alit\u00e9, il vaudrait mieux laisser le p\u00e9trole dans le sous-sol. D\u2019abord, parce qu\u2019il est \u00e0 l\u2019origine de la plupart des conflits plan\u00e9taires, mais aussi parce qu\u2019il faut cesser d\u2019augmenter le taux de gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re.<br \/>\nLa parenth\u00e8se \u00ab enchant\u00e9e \u00bb du p\u00e9trole se fermera n\u00e9cessairement un jour, et les g\u00e9n\u00e9rations futures devront alors soit se retrousser les manches pour r\u00e9investir le secteur primaire, soit recourir d\u2019avantage \u00e0 l\u2019exploitation d\u2019autrui\u2026 En effet, selon Jean-Marc Jancovici, gr\u00e2ce au p\u00e9trole, chaque Fran\u00e7ais dispose actuellement d\u2019une \u00e9nergie moyenne \u00e9quivalente \u00e0 150 esclaves \u00e9nerg\u00e9tiques. Au XIX\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019esclavage disparaissait, en m\u00eame temps que l\u2019exploitation des ressources fossiles augmentait rapidement. On peut se demander ce qu\u2019il adviendra quand on devra se passer de l\u2019\u00e9nergie fossile.<br \/>\nLa question du partage se posera autrement qu\u2019aujourd\u2019hui, mais elle se posera tout aussi sensiblement.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Partager comment ? \u00bb<\/strong>. La marchandisation du monde est \u00e0 l\u2019origine de nombreux m\u00e9canismes qui causent des in\u00e9galit\u00e9s. L\u2019acc\u00e8s aux biens et aux services, m\u00eame ceux de haute n\u00e9cessit\u00e9, se fait uniquement \u00e0 travers la monnaie. Or, les moyens d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019argent sont relativement limit\u00e9s. Soit il se fait par le capital, qui est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une grande minorit\u00e9 de la population, ce qui \u00ab am\u00e8ne \u00e0 penser \u00bb que la notion de classes sociales n\u2019est toujours pas obsol\u00e8te ; soit il se fait via l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019argent dette \u2013 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire -, qui s\u2019inscrit pleinement dans les cycles destructeurs de la recherche de croissance ; soit il se fait via un travail marchand, c&rsquo;est-\u00e0-dire via l\u2019emploi.<br \/>\nDans une soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par l\u2019hubris et la frustration permanente cr\u00e9\u00e9e et entretenue entre autres par la publicit\u00e9, l\u2019emploi devient structurellement rare. Le partage du travail permettrait de sortir de cette course \u00e0 l\u2019emploi, mais les salaires paraissent toujours insuffisants pour r\u00e9pondre \u00e0 tous nos \u00ab devoirs d\u2019achats \u00bb. C\u2019est ainsi que nous refusons de voir diminuer notre salaire en partageant notre emploi via une r\u00e9duction du temps de travail \u2026 A ne pas vouloir r\u00e9\u00e9valuer notre train de vie pour partager le temps de travail, on a invent\u00e9 des m\u00e9canismes qui partagent moins bien. L\u2019emploi est devenu un outil de partage terriblement injuste, in\u00e9quitable, voire parfois ind\u00e9cent.<br \/>\nHeureusement, et c\u2019est un devoir autant qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9, il est possible d\u2019imaginer d\u2019autres outils de partage qui iraient dans le sens d\u2019une justice sociale et environnementale. Des outils d\u2019\u00e9mancipation qui permettraient de redonner du sens \u00e0 nos vies, et de ne pas se sentir asservi \u00e0 la m\u00e9ga-machine productiviste. La base serait alors un espace socio-\u00e9cologique compos\u00e9 d\u2019un plancher et d\u2019un plafond. Personne en dessous du plancher, et personne au-dessus du plafond.<br \/>\n&#8211; Le plancher constituerait le minimum que la soci\u00e9t\u00e9 octroie \u00e0 toutes et tous pour vivre dans la dignit\u00e9. D\u2019abord, un Revenu de Base en monnaies nationales et locales. Mais surtout des services publics gratuits, \u00e0 travers une extension des sph\u00e8res de la gratuit\u00e9 pour le bon usage. Ce qui existe d\u00e9j\u00e0 avec l\u2019assurance maladie et d\u2019autres services publics mutualis\u00e9s, on peut l\u2019\u00e9tendre \u00e0 des acc\u00e8s aux ressources selon le principe de gratuit\u00e9 du bon usage et du rench\u00e9rissement du m\u00e9susage, dans le but de r\u00e9pondre \u00e0 la contrainte environnementale. La m\u00eame ressource (l\u2019eau, l\u2019\u00e9nergie, le transport, &#8230;) n\u2019aurait pas le m\u00eame prix selon l\u2019usage qu\u2019on en fait et la quantit\u00e9 utilis\u00e9e.<br \/>\n&#8211; La gratuit\u00e9, politiquement construite, pour assurer \u00e0 tous l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des ressources indispensables. Le rench\u00e9rissement pour pr\u00e9server du gaspillage ces m\u00eames ressources fragiles. Gratuit\u00e9 (ou quasi-gratuit\u00e9) du bon usage, et rench\u00e9rissement du m\u00e9susage ; c&rsquo;est une mani\u00e8re de d\u00e9finir un plafond, d\u00e9clinable dans beaucoup de secteurs.<br \/>\n&#8211; Mais le plafond, c\u2019est aussi un Revenu Maximal Acceptable. Mettre des limites, c\u2019est cesser de promouvoir un mode de vie qui n\u2019est ni soutenable, ni g\u00e9n\u00e9ralisable, ni d\u00e9cent. Mettre des limites, c\u2019est \u00e9viter de concentrer toutes les richesses sur une minorit\u00e9 et ainsi \u00e9viter de faire porter les efforts \u00e0 la majorit\u00e9, c\u2019est mieux partager. Mettre des limites, c\u2019est se lib\u00e9rer de la pression d\u2019avoir \u00e0 toujours faire plus. Mettre des limites permet de contenir la consommation des ressources et de r\u00e9duire toutes sortes de nuisances.<br \/>\n&#8211; La hauteur du plancher et du plafond, ainsi que la notion d\u2019usage (le bon et le mauvais), doivent \u00eatre d\u00e9finis d\u00e9mocratiquement et, si n\u00e9cessaire, localement (selon le principe de subsidiarit\u00e9), \u00e0 travers un processus d\u00e9mocratique \u00e0 \u00e9tablir ensemble. Certes, les d\u00e9bats sur un plancher et un plafond ne pourront vraisemblablement s\u2019obtenir qu\u2019\u00e0 l\u2019issue des rapports de forces et des luttes sociales \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment. Mais ils m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre port\u00e9s : touchant \u00e0 la vie quotidienne des citoyens, ces d\u00e9bats seront forc\u00e9ment mobilisateurs, responsabilisants et \u00e9mancipateurs.<br \/>\n&#8211; Le plancher n\u2019est pas un appel \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9 de chacun. Il est un appel \u00e0 la responsabilit\u00e9 collective : la soci\u00e9t\u00e9 doit se donner les moyens de la fraternit\u00e9. Peu importe la forme du plancher, le principal est de ne laisser personne de c\u00f4t\u00e9. Le plancher, c\u2019est une mani\u00e8re de reconna\u00eetre l\u2019utilit\u00e9 sociale de certaines activit\u00e9s non marchandes. Un plancher, en affranchissant les individus de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accepter n\u2019importe quel emploi pour survivre, permet aussi de favoriser la disparition des emplois toxiques et\/ou pr\u00e9caires, et ainsi de participer \u00e0 produire globalement moins, et \u00e0 sortir du consum\u00e9risme. En effet, gardons pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit que cet espace socio-\u00e9cologique a aussi pour objectif de r\u00e9duire la contrainte de l\u2019homme sur l\u2019environnement.<br \/>\n&#8211; Entre le plancher et le plafond, c\u2019est la libert\u00e9 de ne plus accepter n\u2019importe quel emploi, et ainsi redonner du sens \u00e0 la valeur travail, et finalement lutter contre l\u2019assistanat institutionnel. Cette libert\u00e9 permettrait de r\u00e9ajuster la hauteur des salaires \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 sociale des emplois. L\u2019ensemble s\u2019accompagnerait d\u2019une r\u00e9duction du temps de travail. Travailler moins, pour travailler tous \u2026 mais aussi pour produire moins et consommer mieux. Par cons\u00e9quent, il ne s\u2019agit pas d\u2019une r\u00e9duction de travail pour consommer autant. Il s\u2019agit bien de r\u00e9duire le salaire moyen afin de limiter l\u2019impact environnemental de notre train de vie. Le plafond participe \u00e0 cette baisse du salaire moyen. Mais que cette derni\u00e8re soit d\u00e9sirable et d\u00e9sir\u00e9e, il est indispensable d\u2019op\u00e9rer une modification radicale de notre mode de vie \u00e0 tous, de distinguer enfin le n\u00e9cessaire du futile et de revoir notre organisation sociale. C&rsquo;est-\u00e0-dire une r\u00e9flexion de fond sur l\u2019usage de nos productions et sur les moyens de production. Mais c\u2019est surtout une r\u00e9flexion sur le sens de nos vies, sur ce qui apporte du bien-\u00eatre et de ce qui \u00e0 contrario fini par \u00eatre toxique.<br \/>\nEn ce sens, c\u2019est aussi pour nous aider \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer et r\u00e9inventer collectivement notre mode de vie que nous proposons ces outils de partages ambitieux.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Inverser le rapport de forces<\/strong><\/h2>\n<p>La \u00ab cr\u00e9ation d&#8217;emplois \u00bb, et par cons\u00e9quent la question du ch\u00f4mage, ne devrait pas \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment qui oriente le projet de soci\u00e9t\u00e9 et les politiques gouvernementales. Il s\u2019agit juste d\u2019imaginer d\u2019autres outils de partage des t\u00e2ches et des richesses. Nous proposons le plancher-plafond sous forme de DIA-RMA, mais il y a s\u00fbrement d\u2019autres propositions tout aussi pertinentes.<br \/>\nDans tous les cas, une fois encore, la faisabilit\u00e9 mat\u00e9rielle n\u2019est pas un probl\u00e8me. Nos soci\u00e9t\u00e9s modernes ont largement les moyens de r\u00e9pondre aux besoins \u00e9l\u00e9mentaires de chacun. Ce qui bloque, c\u2019est d\u2019un cot\u00e9 une inertie collective \u00e0 penser d\u2019autres mondes possibles. Nous manquons, en effet, d&rsquo;un r\u00e9cit qui permettrait \u00e0 chacun de se projeter dans un futur diff\u00e9rent sans \u00eatre effray\u00e9. Comment laisser derri\u00e8re soi une r\u00e9alit\u00e9 connue, toute aussi imparfaite et insoutenable soit-elle, pour un monde inconnu n\u00e9cessairement inqui\u00e9tant ? Mais, surtout il y a ce qu\u2019on appelle l\u2019oligarchie qui s\u2019oppose au changement et qui d\u00e9tient tous les pouvoirs. C\u2019est elle qui a int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9senter le ch\u00f4mage comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel qui d\u00e9passe tous les clivages. Le chantage au ch\u00f4mage permet une certaine forme de consentement social. C&rsquo;est dans tous les manuels d&rsquo;\u00e9conomie, le capitalisme a besoin d&rsquo;un volant de ch\u00f4mage (de raret\u00e9 d&#8217;emploi) pour augmenter ses gains de productivit\u00e9 (diminuer les co\u00fbts salariaux : offre\/demande).<br \/>\nCe sont les oligarques qui d\u00e9tournent toutes les questions de soci\u00e9t\u00e9s vers la seule question du \u00ab ch\u00f4mage \u00bb. Le grand d\u00e9tournement. Une grande imposture. Aujourd\u2019hui, le rapport de force est \u00e0 l\u2019avantage de cette oligarchie, mais avec le d\u00e9veloppement des alternatives concr\u00e8tes, les premiers sympt\u00f4mes de la crise environnementale, l\u2019\u00e9mergence de nouveaux mouvements sociaux, la tendance pourrait s\u2019inverser. Esp\u00e9rons que nous saurons saisir cette inversion pour ne pas tomber dans la barbarie, mais pour construire des mondes plus justes, souhaitables et soutenables. Et pourquoi pas, en passant, pour penser la fin de l\u2019emploi !<\/p>\n<p><strong>Quelques liens<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le ch\u00f4mage : le grand d\u00e9tournement (1\u00e8re partie)<\/strong><\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"6sljJEBlo1\"><p><a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2754\">Le ch\u00f4mage : le grand d\u00e9tournement (1\u00e8re partie)<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0Le ch\u00f4mage : le grand d\u00e9tournement (1\u00e8re partie)\u00a0\u00bb &#8212; Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d&#039;Autonomie\" src=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2754&#038;embed=true#?secret=A8OEMfYWoW#?secret=6sljJEBlo1\" data-secret=\"6sljJEBlo1\" width=\"600\" height=\"338\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><br \/>\n<strong>La Dotation Inconditionnelle d\u2019Autonomie d\u00e9crypt\u00e9e par l\u2019Institut Momentum :<\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=1571\">http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=1571<\/a><br \/>\n<strong>\u00ab\u00a0Eloge de l&rsquo;oisivet\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; Dominique Rongvaux :<\/strong><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mQaUNWJOqos\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=mQaUNWJOqos<\/a><br \/>\n<strong>Espace de travail : Faites-vous un \u00ab boulot de merde \u00bb ? :<\/strong><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=knwTOUmEvgA\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=knwTOUmEvgA<\/a><br \/>\n<strong>Ni protectionnisme, ni n\u00e9olib\u00e9ralisme mais une \u00ab relocalisation ouverte \u00bb, base d\u2019une nouvelle internationale :<\/strong><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Ni-protectionnisme-ni-neoliberalisme-mais-une-relocalisation-ouverte-base-d-une\">https:\/\/www.bastamag.net\/Ni-protectionnisme-ni-neoliberalisme-mais-une-relocalisation-ouverte-base-d-une<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Nous avons invent\u00e9 une montagne de besoins superficiels; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l\u2019on d\u00e9pense vraiment, c\u2019est notre temps de vie. Parce que lorsque j\u2019ach\u00e8te quelque chose ou que toi tu ach\u00e8tes quelque chose, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?p=9662\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,7],"tags":[],"class_list":["post-9662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-billets-du-ppld"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9662"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9690,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9662\/revisions\/9690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.partipourladecroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}