Carfree : vers une décroissance de l'automobile

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Carfree-France – 25 mai 2009

Les élections européennes du 7 juin prochain sont l’occasion de s’intéresser à la place prise par l’automobile dans les différents programmes des partis politiques. Même si la place de la voiture dans nos sociétés ne constitue pas l’essentiel d’un programme politique européen, c’est malgré tout un sujet qui, dans le contexte actuel de la crise environnementale et climatique que nous connaissons, est révélateur des différents projets de société portés par les partis politiques à l’échelle européenne.

Laissons de côté tout de suite les partis de droite, de gauche et du centre qui font actuellement de la surenchère pour mettre sous perfusion d’argent public une industrie polluante à l’agonie, à savoir l’industrie automobile, comme on a pu le faire pour l’industrie sidérurgique dans les années 80 avec les résultats que l’on sait…

Que ce soit l’UMP, le MODEM, le PS ou le PC, on a affaire à des partis d’un autre âge, celui de la révolution industrielle triomphante, et dont le seul horizon idéologique est le stade indépassable d’une croissance économique infinie, permettant à une élite financière de capter l’essentiel des richesses produites par les travailleurs en leur faisant miroiter des lendemains qui chantent au prix de la destruction avancée de l’environnement et de la planète.

Du côté du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), on constate une ambiguïté intrinsèque: d’un côté le NPA se dit hostile à “l’Europe de la bagnole” en partant d’un constat assez lucide sur la “fin du cycle” d’une industrie à la dérive; mais de l’autre, le NPA est empêtré dans sa défense à tout prix des salariés de l’automobile, quitte à leur faire miroiter une reconversion vers la production “de véhicules moins polluants”.

Si la défense des salariés de l’automobile est louable, ce n’est pas sur la base de l’illusion de la voiture propre qu’on sortira de la crise environnementale et climatique actuelle. Ce qui manque dans le programme du NPA, c’est une véritable vision d’un monde sans voitures, avec tout ce que cela implique en termes d’urbanisme, d’aménagement du territoire, de transports alternatifs, etc.

Le NPA reste un parti productiviste qui n’envisage pas d’autre option que la société post-industrielle actuelle. Trotsky était probablement un grand penseur du marxisme, mais son horizon intellectuel ne prenait pas en compte le réchauffement climatique, la destruction avancée de l’environnement ou le fait que la planète Terre supporte déjà 1 milliard de voitures individuelles et bientôt 3 milliards selon le FMI…

Pour ce qui concerne Europe-Ecologie, on atteint à la fois le summum du cynisme et de la verditude érigée en objectif politique: tout se repeint en vert, la croissance, les emplois, l’économie, l’automobile, etc. Il y aura même probablement bientôt des “déchets nucléaires verts”…

Le principal chez les verts, c’est de ne pas trop choquer l’électeur potentiel. Un exemple tiré de leur site internet de campagne qui résume bien l’état d’esprit actuel des militants d’Europe Ecologie: “Gardons pourtant en tête qu’il s’agit de gagner des sièges au Parlement et donc de plaire à des électeurs encore frileux sur les grands bouleversements. Plutôt que d’effrayer l’électeur en le privant de sa voiture, faisons lui apparaître que des solutions de moteur propre telles que piles à combustible hydrogène, ce dernier produit par capteurs photovoltaïque sur eau de mer (mais surtout pas moteur électrique qui justifierait 2 EPR), sont à l’étude et pourraient être accélérées par une redirection des budgets recherche.

Côté programme politique, rien de bien innovant et toujours les mêmes aides au secteur automobile, mais conditionnées par des mesures vraiment “révolutionnaires” du type “moyenne de 120g de CO2/ km en 2012 pour les véhicules neufs” ou “réorientation des budgets de recherche vers la voiture utilisant des énergies non polluantes“. Si les verts en sont encore là, cela augure bien mal de l’avenir… il faudra quand même leur expliquer un jour qu’il n’existe pas d’”énergies non polluantes“, seulement des énergies plus ou moins polluantes… (Source: Proposition 2 – Un contrat de conversion de l’industrie automobile)

Pire, l’impression donnée par le programme d’Europe écologie consiste dans une régression par rapport à ce que défendaient les verts il y a quelques années encore: on trouve sur leur site des propositions pour développer le “moteur propre” (sic!) et la “voiture à hydrogène” (re-sic!). Un meeting récent d’Europe écologie avait même pour thème “L’hydrogène remplacera t-il le pétrole ?“. Là encore, il faudrait que les verts se tiennent un peu au courant des évolutions technologiques… Cf La fin de la voiture à hydrogène.

On aurait aimé qu’Europe écologie nous parle un peu plus de vélo, de piétonnisation, de transports en commun, de réaménagement du territoire ou de quartiers sans voitures… triste évolution!

Dans ce contexte, un seul parti propose une alternative cohérente et adaptée aux enjeux environnementaux et climatiques actuels, c’est celui d’Europe Décroissance (www.europedecroissance.eu) qui regroupe différentes tendances du mouvement de la décroissance (objecteurs de croissance, partisans de la simplicité volontaire, etc.).

Les propositions d’Europe-Décroissance s’articulent principalement autour de cette citation de Gandhi: “Vivre plus simplement pour que d’autres puissent simplement vivre.” C’est à notre sens le seul programme politique viable dans le monde actuel. Voici quelques extraits tirés du programme d’Europe décroissance concernant l’automobile:

S’opposer à l’automobile et son monde

Notre société est construite autour de la voiture et des transports routiers, elle repose donc sur une e?nergie non renouvelable, le pétrole et sur des moyens de transports individuels, voire individualistes.

Sans respecter ni les temps ni les espaces, l’automobile a contribué à séparer les individus entre eux, à séparer les classes sociales en favorisant les ségrégations géographiques, à séparer les lieux de production des lieux de consommation. La place des voitures en ville et dans les périphéries est excessive. Les autoroutes stimulent une accélération qui exclut chaque jour davantage d’entre nous, en commençant par les plus faibles, et nous condamne à une folle fuite en avant. La société de l’automobile n’est une société ni soutenable ni souhaitable, ni sereine ni conviviale.

Il faut donc de?velopper une politique de localisation de la vie créatrice de lien.

Pour cela nous devons :

* Agir sur les infrastructures, les bassins d’emplois, les zones d’habitation, en rapprochant les lieux de production, d’achat et d’usage, en de?veloppant des petits commerces de proximité au de?triment des grandes surfaces, en augmentant la part de la population active dans une agriculture paysanne de proximité respectueuse de la santé et de l’environnement (par exemple grâce aux Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et avec un retour des services publics sur tout le territoire.

* Privilégier les investissements sur les transports en communs locaux et régionaux et encourager les modes de transport doux comme la marche a? pied (exemple le pédibus) et le vélo.

* Accompagner la reconversion de l’industrie automobile, de l’aéronautique et du trafic routier, encourager la pratique de me?tiers manuels, soutenir les petites entreprises (par exemple de type Société Coopérative Ouvrière de Production), remplacer le mode?le d’habitat individuel et collectif actuel, par d’autres modes de construction a? taille humaine et de haute qualité environnementale : toutes ces alternatives concrètes qui commencent sans attendre la sortie de la société de croissance.

Le 7 juin 2009, votez pour la décroissance de la société de l’automobile!

www.europedecroissance.eu

source : http://carfree.free.fr/

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