« Il en faut peu pour être heureux » Etienne Helmer

L’épicurien, le vrai, postule que l’humain est profondément malheureux, parce qu’il se trompe sur la réalité du plaisir qu’il associe à la possession, au pouvoir ou à la gloire. De quoi remettre en cause la vision faussée que nous avons aujourd’hui d’Epicure.
De ce postulat, il découle en effet qu’Epicure voit dans l’autolimitation, un des moyens d’atteindre la tranquillité de l’âme, et dans l’absence de douleur, la persistance du plaisir. On pourrait croire qu’Epicure est donc l’exemple même de l’Objecteur de Croissance dansant sur le pied de la simplicité volontaire. Pourtant, en dénonçant l’ambivalence du progrès technique (qui libère l’homme en même temps qu’il l’amollit et qui représente une violence, en premier lieu pour la nature), ses disciples contraignent l’activité économique et son rythme à n’être mesuré que par le besoin nécessaire, et l’éthique. Une économie où la possession, et l’accumulation de biens n’a de sens que par le partage et le don qu’elles permettent, et où le travail ne s’envisage que par la production du nécessaire au bien commun.

Malheureusement l’ouvrage est trop court pour laisser la place à l’auteur de vulgariser son propos, qui est parfois jargonneux. Se basant sur les rares textes qu’il nous reste d’Epicure, et surtout sur ceux de ses disciples, Etienne Helmer dresse néanmoins le tableau d’un épicurisme qui, loin de l’austérité, n’est en fait que la compréhension des bienfaits de la limitation, en vue d’éviter les angoisses, les craintes et la violence suscitées par l’excès, pour y préférer le plaisir : “Se satisfaire de peu c’est se satisfaire toujours”. Le philosophe, enfin, ne manque pas de conclure qu’aujourd’hui, “le changement radical (…) appelé par la décroissance [suppose] l’appui et le renouveau de la politique plutôt que son effacement”.


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