Stopper le nucléaire

Les catastrophes survenues au Japon ces derniers jours imposent avant tout de respecter la mémoire des nombreuses victimes actuelles et à venir. Un terrible tremblement de terre ainsi que le tsunami qui a suivi ont déjà coûté la vie à 10 000 japonais et le nombre des victimes risquent de s’aggraver, dû à une troisième catastrophe : 11 réacteurs nucléaires du pays n’ont plus de système de refroidissement opérationnel. Trois réacteurs seraient prêts à entrer en fusion. Soit une catastrophe nucléaire au moins aussi importante que celle de Three Mile Island en 1979 (fusion du cœur).

Les mesures indépendantes réalisées par une association de journalistes japonais ont de quoi effrayer : à 2km de la centrale de Fukushima Daiichi, la radioactivité dépasse la capacité de mesure de certains des compteurs Geiger utilisés.  On y a mesuré un débit de dose de 0,1 mSv/h, ce qui signifie qu’un citoyen japonais reçoit la dose annuelle tolérée en France en l’espace de 10 heures. Pour comparaison, fin février 2011 à Tchernobyl, le taux de radioactivité était de 0,04 mSv/h à 200 m du réacteur accidenté. En sachant qu’1 mSv représente le niveau de la limite annuelle autorisée en France pour l’exposition de la population aux rayonnements radioactifs artificiels. (Source : Sortir du nucléaire).
De même le spécialiste scientifique du Guardian affirme que le niveau de radiations mesuré au nord-nord-ouest de Fukushima, lundi, était de 680 microSieverts par heure, en comparaison de 1000µSv/an ! A cette dose, une journée est l’équivalent de seize années d’exposition. (Source : L’Express)

Un peu plus tard, nous apprenions que l’AIEA avait mesuré une radioactivité de 400mS/h au niveau de la centrale de Fukushima.
Que dire alors des propos de notre ministre Eric Besson estimant que les événements japonais n’étaient pas une « catastrophe » mais uniquement un « accident grave », alors que la fusion partielle du réacteur n°1 était en cours ? Serait-on encore en pleine manipulation atomique ? Alors qu’on pensait qu’il allait revenir sur ses paroles de la veille, le voilà qui enfonce le clou en affirmant que la France avait envisagé le risque sismique contrairement au Japon. Mais de qui se moque-t-on ? Alors que chacun sait que les Japonais construisent leurs bâtiments en prenant ce risque en compte ! Et que dire de la carte dévoilée par le réseau Sortir du nucléaire il y a quelques années comparant l’emplacement de nos centrales avec la carte des risques sismiques ? On pouvait y voir que la plupart des réacteurs français se trouvait dans des zones où la sismicité était importante. En particulier Fessenheim, Bugey, Chinon et Civaux.

Et Sarko qui fanfaronne à tort, en affirmant que l’EPR résiste à un crash aérien alors que des documents classés confidentiels par EDF avait été divulgués par le réseau Sortir du nucléaire il y a quelques années !

Pourtant la liste des catastrophes nucléaires est longue : Tokaimura déjà au Japon, Windscale au Royaume-Uni, Three Miles Island, Tchernobyl,  Forsmark en Suède, mais en France également : Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en 1969 et 1980 avec une fusion partielle du cœur du réacteur,  Blaye (Gironde) en décembre 1999 avec le système de refroidissement du réacteur mis hors service après une inondation, événements du Tricastin (Drôme) en 2008, etc. Que faut-il de plus pour remettre en cause l’énergie nucléaire ? Pourquoi ne pas sortir du nucléaire le plus vite possible et favoriser, au contraire, la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ?

L’oligarchie mondiale régnante a besoin du nucléaire comme source d’énergie « bon marché » afin de continuer à croître inexorablement, au mépris de la sécurité et de la santé des populations. Elle en a également besoin afin d’assouvir sa soif de toujours plus : toujours plus de croissance, de technologie, de consommation.

Il est pourtant reconnu que le nucléaire n’est pas une solution face à la crise énergétique et climatique qui vient.
•    C’est une ressource non renouvelable, l’uranium s’épuise comme le pétrole. Ce qui implique une inexorable fin (d’ici une cinquantaine d’années).
•    C’est une ressource émettrice de CO2, contrairement à la publicité qui lui est faite. En effet, l’analyse du cycle de vie d’une centrale nucléaire (étude de Storm Wan Leeuwen) montre que chaque kilowattheure émet 108 g de CO2 (à comparer à 20 g pour l’éolien, 45 g pour le Photovoltaïque, etc.).
•    Les centrales n’arrivent plus à fonctionner au-delà de certaines températures, comme on peut désormais s’en rendre compte quasiment chaque été. Elles n’enrayeront donc en rien le réchauffement climatique annoncé.
•    C’est une source de pollutions multiples : anciens sites miniers d’extraction pollués à vie, contaminations dues à un accident, ou encore dues aux armes atomiques, ou tout simplement dues au fonctionnement des sites nucléaires (La Hague, par exemple), des déchets nucléaires dont on ne sait toujours que faire et qui resteront radioactifs pendant des centaines voire des millions d’années, etc.

De plus, le risque de catastrophes n’est pas négligeable : chaque année des centaines « d’incidents » interviennent en France, chaque centrale française connaît un défaut de conception au niveau du circuit de recirculation qui permet de maintenir le système de refroidissement du cœur du réacteur en état de marche. Et on le voit encore aujourd’hui, le délire techno-scientiste est au bord de nous précipiter dans une terrible catastrophe nucléaire.

Sans oublier que cette fois, nous sommes loin de la fameuse catastrophe soviético-communiste… Le Japon, 2e puissance mondiale, suréquipé techniquement, possédant une autorité de sûreté nucléaire, n’a pas pêché par manque de connaissance technologique. Les réacteurs à eau bouillante ont été développés en parallèle à des réacteurs à eau pressurisée. Le nucléaire demeure, simplement, un système de production extrêmement dangereux, imprévisible et incontrôlable.

À ceux qui diront « On ne peut pas produire assez d’électricité pour alimenter un pays sans le nucléaire », nous leur répondons que certes dans un délire de surconsommation effrénée il est impossible de produire assez d’énergie avec des sources de production renouvelables.

C’est pourquoi il est important de réfléchir à un nouveau paradigme de société, qui remettrait en cause, entre autre, notre modèle énergétique, afin d’en construire un nouveau basé sur la sobriété, l’efficacité énergétique de nos modes de vies (interdiction du chauffage électrique qui est une aberration avec un rendement d’à peine 20 %) et à la production d’énergie décentralisée à partir de sources renouvelables : vent, soleil, eau, mer, biomasse, etc.

Les sources ne manquent pas, faut-il encore désormais leur donner la possibilité de s’exprimer ! Des scénarios énergétiques ont d’ores et déjà été rédigés par des professionnels et des expériences réelles sont en cours montrant qu’alimenter une ville en électricité 100 % renouvelable c’est possible (Kombikraftwerk) !

Il est donc urgent que les citoyen/ne/s se réapproprient ces choix de société. La mise en place de conférences de citoyen/ne/s permettrait de leur laisser enfin la possibilité de s’exprimer sur le modèle énergétique qu’ils souhaitent bâtir et d’œuvrer à sa construction.

Les terribles événements du Japon nous rappellent une fois de plus l’urgence de sortir du nucléaire.

Texte à télécharger en pdf

Source image : pour un référendum – pour sortir du nucléaire : http://www.referendum-nucleaire.fr/

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