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Lettre ouverte à M. Aphatie : oui, organisons la décroissance !

L’essayiste Vincent Liegey revient sur les propos de l’éditorialiste qui a défendu la décroissance, afin de lui expliquer qu’il s’agit d’un vrai projet politique.

Cher Monsieur Aphatie*,

C’est avec beaucoup d’attention que j’ai écouté votre chronique Canicule : « Il faut organiser la décroissance ! » du 24 juin sur Europe 1. M’intéressant à la décroissance depuis plus d’une décennie, je souhaite revenir sur vos propos et suivre votre invitation : oui il faut organiser la Décroissance. Mais qu’est-ce que cela implique vraiment ?

Une canicule politique

Vous commencez par faire le lien entre la « canicule » qui serait fondamentalement « politique », « tout le monde en convient ». Oui, le « dérèglement climatique », tout comme la chute de la biodiversité, la raréfaction des matières premières, l’explosion des inégalités, le discrédit grandissant envers les institutions politiques et médiatiques, les crises économiques, sont bel et bien le fruit de « l’activité humaine » : la nôtre, celle de la civilisation occidentale. Nous parlons bien de la civilisation thermo-industrielle, accro à la croissance, dont l’imaginaire est englué dans la religion de l’économie, de l’innovation, du toujours plus. Ensuite, vous faîtes, et je ne peux que vous en féliciter, une critique juste et scientifiquement démontrée, de l’imposture de la « croissance verte » portée par des « esprits malins ». « Le mot est faux », « le concept n’existe pas ».

« Normalement, théoriquement, ce que la politique a fait, elle peut le défaire. »

Et vous continuez : « Nous savons ce que nous devons faire, et s’il faut le résumer […] nous devons moins voyager, moins consommer et moins produire […] Ce qu’il faut organiser c’est la décroissance ! »

Pour finalement conclure : « Ça, c’est facile à dire, et c’est impossible à faire. »

« Mais comment organiser la décroissance quand sur la terre des centaines de millions de personnes ne mangent pas à leur faim » puis « quand nous attend l’explosion démographique […] Comment la décroissance dans ces conditions là ? Nous sommes prisonniers. »

« Nous ne savons pas comment changer nos modes de production pour y faire face. »

Pour finalement conclure : « Eh je vais vous le dire on va avoir chaud ! »

Donc, si je comprends bien et pour résumer de manière peut-être un peu caricaturale, il faut la décroissance sinon on va dans le mur, tous les indicateurs le montre et vous les connaissez. On en convient tous d’ailleurs mais comme les oubliés du système n’en voudraient pas alors on refuse le changement … on poursuit notre course en avant, notre quête désespérée de croissance, tout en continuant de les laisser de côté.

La décroissance : un projet

« Tout le monde en convient » ? Eh bien non. Cette posture est représentative d’une croyance bien ancrée dans nos sociétés : la mise en place d’un projet de Décroissance serait préjudiciable aux plus démunis. (suite…)

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Documentaire La Décroissance, du mythe de l’abondance à la simplicité volontaire

La Décroissance est un mouvement qui travaille depuis des années à la construction d’une alternative socio-économique intégrant la finitude des ressources naturelles de la planète. Tandis que la vision scientiste des gouvernements compte sur la technologie pour résoudre cette crise globale, en choisissant d’adapter la planète et l’humanité à la volonté du productivisme, les objecteurs de croissance cherchent à réinventer notre mode de vie, en l’adaptant aux limites de la biosphère et aux besoins réels de l’être humain.

Source : https://documentaldecrecimientofr.wordpress.com/

Un documentaire de Luis et Manu Picazo Casariego

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Sur le terrain, les « utopies concrètes » font vivre la décroissance

Si les « utopies concrètes » se multiplient – monnaies locales, circuits courts… – la décroissance est plus discrète sur le terrain des idées. Les auteurs de cette tribune appellent à la vigilance : pour éviter leur récupération par le système marchand, « les réflexions ne doivent pas rester cantonnées aux cercles militants ».

Gwenhaël Blorville est docteur en sociologie et rédacteur en chef de La Gazette de Gouzy –- le journal dessiné de la décroissance. Paul Ariès est politologue et délégué de l’Observatoire international de la gratuité. Vincent Liegey est essayiste, coauteur d’Un Projet de décroissance (Éditions Utopia, 2013). Tous deux sont parrains de cette gazette militante et gratuite.

Source : https://reporterre.net/sur-le-terrain-les-utopies-concretes-font-vivre-la-decroissance


Presque vingt ans après son apparition, la décroissance se fait en apparence plus discrète. L’idée de remettre en cause la croissance économique comme fin en soi n’a cependant pas disparu, loin s’en faut. Si le terrain des idées se fait moins visible, il n’est pas déserté pour autant mais l’heure est désormais aux « utopies concrètes » locales. Les expérimentations sur le terrain foisonnent : des monnaies locales aux circuits courts, en passant par le retour de communs, d’ateliers de réparation ou encore de zones de gratuité… La décroissance infuse lentement des pans entiers de la société.

La décroissance, un mouvement irrécupérable par le capitalisme

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La décroissance, où en est-on ? (S!lence 467)

Depuis 2002, les idées et les pratiques de la décroissance se diffusent dans la société. Parallèlement, la décroissance n’est plus un sujet tabou sur le plan politique. Après avoir été confrontée à des réactions de mépris, puis de moquerie et d’agressivité, elle est de plus en plus prise au sérieux. Ce dossier revient sur les débats qui animent les acteurs et les actrices de la décroissance, sur la récupération des pratiques de simplicité volontaire et leur réappropriation, sur l’étonnant essor des conférences internationales de la décroissance, sur les réseaux et sur les pratiques qui émergent. Et si vous veniez avec nous faire un petit tour à dos d’escargot dans les paysages actuels de la décroissance ?

Au sommaire du dossier :

  • Décroissants et des débats
  • Une dynamique internationale de recherches décroissantes
  • Cargonomia, une coopérative d’activités décroissante à Budapest
  • Les pratiques de simplicité volontaire, entre récupération et réappropriation
  • A Lyon, les nouveaux réseaux de la décroissance

Un dossier coordonné par Guillaume Gamblin

Et également dans ce numéro :

  • Les algues marines, un fertilisant bio
  • Vous ne casserez pas ! Résistances villageoises aux extensions de carrières
  • Nucléaire : petite histoire de l’uranium
  • Les moyens violents sont incompatibles avec une société anarchiste
  • Europe, ouvre-toi !
  • Et de nombreuses brèves d’actualité, des présentations de livres, des courriers…

Si vous souhaitez découvrir ce numéro en images, le commander ou connaître la revue Silence, rendez-vous sur le site : http://www.revuesilence.net/475

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Aujourd’hui aussi, je mets mon gilet jaune …

Depuis plusieurs semaines, le mouvement des « gilets jaunes » secoue la France : mobilisation citoyenne de masse, routes bloquées, économies en berne. Le gouvernement Macron-Philippe tangue sérieusement. L’état d’urgence a même été évoqué pour faire face à une situation quasi-insurrectionnelle. Il serait donc légitime de se demander ce qu’il se cache derrière un mouvement aussi hétérogène et réfractaire à l’ordre établi. Il serait légitime de s’interroger sur son organisation, ses modes de contestation et sa violence.

On pourrait. Mais l’essentiel est de prendre conscience des profonds enseignements à tirer des « gilets jaunes ». Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels sont les liens avec les problématiques qui animent les objecteurs de croissance ? Comment la Décroissance peut se positionner ? Quelles mécanismes de sécurités sociales proposer pour aborder sereinement la transition écologique ?

Soyons déjà convaincus que le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas uniquement fondé sur la simple contestation de la fiscalité écologique ou, plus largement, contre les taxes. Bien sûr, la taxe sur les carburants a fait office de détonateur, non pas parce que les « gilets jaunes » contestent l’écologie, mais parce qu’ils contestent l’injustice. C’est bien parce que de plus en plus de citoyens sont dans l’impossibilité de vivre dignement que ce mouvement a émergé.

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C’est la course !! (suite)

« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ». 
John Maynard Keynes

Aujourd’hui, plus de 70 % des produits alimentaires sont achetés en grande surface. Mais l’alimentaire ne constitue pas leur seul champ d’action. Désormais, tout se retrouve dans les grandes surfaces spécialisées (jouets, vêtements, bricolage, sport …) créant ainsi d’immenses zones commerciales qui pullulent aux périphéries de toutes les villes de France. Qu’est-ce qui se cache derrière ces mastodontes que nous retrouvons en format réduit dans les centres de nos villes, ou en périphérie de nos plus grands villages ? Sont-ils là simplement pour nous faciliter la vie, pour vivre mieux et mieux consommer ou, au contraire, sont-ils l’aboutissement de l’emprise d’un capitalisme exaspérant dans sa volonté de contrôler nos modes de vie ?

Les grandes surfaces sont apparues après la deuxième guerre mondiale, dans un contexte où notre mode de vie va largement évoluer avec une urbanisation croissante, le salariat et le travail des femmes en plein essor, l’industrialisation de l’agriculture mais aussi l’équipement des ménages en réfrigérateur et en automobile.
Elles se sont répandues tout au long des « trentes ravageuses » (1) et encore plus après. C’est simple, plus le capitalisme s’est libéré, plus les grandes surfaces ont gagné du terrain et, plus le béton a dominé la terre. Ne soyons pas dupes, derrière les slogans alléchants des grandes surfaces se cachent les capitalistes les plus outranciers. Derrière les rêves, se cachent une idéologie et des conséquences désastreuses.
Ne voir les grandes surfaces que comme un amoncellement de produits moins chers pour le consommateur, c’est comme regarder un paysage avec une loupe, c’est manquer l’essentiel ; c’est oublier que les grandes surfaces sont un maillon essentiel du système capitaliste.
Et, leurs implantations ont des conséquences tant au niveau spatial qu’au niveau de nos modes de vie, avec des conséquences sociales et écologiques « invisibles ».

Un maillon du capitalisme le plus débridé
Les grandes surfaces sont à la base d’un des fondements du capitalisme qui consiste à vendre en masse tout en imposant des normes de consommation, pour justement consolider cette consommation de masse. Or, qui dit consommation de masse suppose une production de masse dont l’aboutissement est l’émergence et le développement exponentiel, tout au long du XXème siècle, du complexe agro-alimentaire. Ce complexe va uniformiser nos goûts pour uniformiser les productions, pour finir par uniformiser nos vies.
Les grandes surfaces concentrent désormais l’ensemble de nos besoins à des coûts réduits. Ainsi, nous pouvons effectuer les courses du foyer pour une semaine, quinze jours, quand ce n’est pas pour le mois. Les grandes surfaces deviennent immenses, démesurées. L’offre de produits devient presque indécente : le même gâteau est présent sous un packaging différent à 3 ou 4 reprises. Car l’objectif des grandes surfaces est de faire des bénéfices, d’en faire toujours plus, il faut donc que le consommateur consomme plus, toujours plus. A cette fin, il faut d’un côté tirer les prix vers le bas auprès des producteurs et, d’un autre côté lui imposer ou créer de nouveaux besoins qui aboutiront à de nouveaux achats. Les grandes surfaces maîtrisent le « vendre moins cher » par la réduction des coûts du personnel (libre-service et rationalisation du stockage et de la manutention), un aménagement dépouillé des magasins, la massification des commandes, la rotation accélérée des stocks, et surtout la réduction des marges pour les producteurs (2).
Mais, toujours dans l’optique de vendre plus, les grandes surfaces s’efforcent d’inspirer ou prescrire des besoins que le consommateur n’avait pas en entrant dans le magasin. Pour ce faire, il faut le frustrer, le faire culpabiliser de ne pas avoir encore tel ou tel produit, pour qu’enfin il l’achète. Et les grandes surfaces vont user de toutes les ficelles de la publicité pour … vendre même l’inutile. Périgo Légasse (3), explique justement : « « La publicité a lavé les cerveaux et la grande distribution finit le travail en gavant le consommateur de produits sans âme et sans saveur ».

« Songeons à la multiplication des objets inutiles et rappelons-nous de la réaction de Socrate qui se serait écrié en entrant dans une boutique :  » Que de choses dont je n’aurai jamais besoin !  » que dirait-il aujourd’hui en entrant dans un supermarché ? »
Albert Jacquard

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« Vers une école sans écrans ? » dossier dans silence n°459 avec « Un Projet de Décroissance »

La numérisation de l’école avance à marche forcée, à grands renforts de budgets et de partenariats public/privé. Au nom de la modernité, évidemment. Au milieu de ces enjeux politiques et économiques, les enseignant·es et les élèves se retrouvent pris·es dans un quotidien habité par les écrans : pour enseigner, pour apprendre, pour faire l’appel en classe, pour communiquer avec les familles ou avec l’administration, etc. Ce dossier fait un bilan critique des impacts écologiques, sanitaires, pédagogiques et sociaux d’un tel plan. Silence interroge des enseignant·es qui se sont regroupé·es pour refuser d’appliquer les directives numériques, et s’intéresse aux alternatives pédagogiques à la numérisation de l’école.

Au sommaire du dossier :
– Le numérique à l’école : refus et résistances, par Guillaume Gamblin
– Un désastre écologique, social et pédagogique, par Guillaume Gamblin
D’un écran à l’autre… la journée d’une collégienne, par Christophe Ondet
– Quelles alternatives pédagogiques à l’école numérique ?, par Guillaume Gamblin
Un dossier coordonné par Guillaume Gamblin

Ci-dessus, l’article de Christophe Ondet dans Silence! Cet article est le 1er d’une trilogie initialement publié sur le site de http://www.projet-decroissance.net/

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C’est la course !!

Un klaxon sort Sylvie de sa torpeur. Le feu est vert, elle tourne à droite et arrive sur un immense parking. Sylvie, 42 ans, pensait encore à son travail. Chef de projet dans une société de sécurité informatique, le boulot ne manque pas et la fin de semaine sera chargée. Mais aujourd’hui, c’est mardi, et c’est relâche. En fait, elle finit plus tôt, à 15 h 00 grâce aux 35 h. Elle préférerait avoir son vendredi après-midi mais elle n’a pas encore assez d’ancienneté dans la boîte. Du coup, elle en profite et fait les courses pour la famille. Une fois sa voiture récupérée à la gare, elle file à « l’hyper » au grand désarroi de sa sœur. Cette dernière essaie de la convertir au « drive ». Depuis quelques mois, elle fait ses courses via le net. Le lendemain, elle les récupère dans un vaste entrepôt où comme, par enchantement, des petites mains les ont préparées et, les chargent même dans sa voiture. Mais Sylvie aime bien se rendre dans la zone commerciale, elle regarde les promotions, les nouveautés. Elle a l’impression de chiner. C’est presque un moment de détente. Mais aujourd’hui, priorité est donnée à l’alimentaire, pas le temps de flâner.
Déjà, le trajet en voiture n’est pas un plaisir. Il n’y a que 20 minutes entre l’appartement et la « grande surface » mais Sylvie n’aime pas conduire sur les grands axes. Par contre, une fois dans le magasin, elle sera beaucoup plus détendue, non pas parce que l’endroit est chaleureux mais parce qu’elle est seule, finalement tranquille. Elle a l’impression que c’est un temps pour elle. Cela dit, il ne faut pas traîner car à 17h30, il faudra être rentrée pour emmener Alexandre au tennis.
Sur le parking, c’est fête car une belle place l’attend, juste à côté des chariots et à moins de 20 mètres de l’entrée de du centre commerciale du Bois d’Aulne. Sylvie ne s’en souvient pas mais le nom du centre commercial fait référence à la forêt qui se tenait, jadis, en lieu et place du béton déversé par l’homme pour bâtir ce temple de la consommation. Il en reste quelques vestiges : un arbre à chaque entrée du bâtiment et un à l’intérieur de la galerie marchande.

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Je suis Suisse

Les attentats successifs nous rappellent à la violence de l’humanité. Certes à la violence que notre civilisation subit, mais ils devraient aussi nous rappeler aux violences intrinsèques de cette même civilisation et à celles qu’elle engendre. Violences trop souvent déniées.

Nous avons été Charlie, Paris, Nice, Manchester, Londres. Ce « nous » permet de nous rassembler derrière l’imaginaire d’un destin commun et d’un vivre ensemble à préserver. Avec de tels drames et actes de barbarie, comment ne pas être choqué, comment ne pas être contre, comment ne pas vouloir communier ?
Cet imaginaire commun permet surtout un lavage de cerveau en douceur. Comment également ne pas oublier les travers d’une société qui a permis un tel déclenchement de haines, comment ne pas oublier les insuffisances d’une société de Croissance de plus en plus inégalitaire, comment ne pas oublier sa violence également, plus silencieuse et moins démonstrative mais quotidienne ? (*)

Aujourd’hui, au-delà d’être mancunien, nous avons envie d’être suisse … Car ils ont fait le choix de dire non au nucléaire. Ils ont fait le choix de dire non à ses dangers, à ses violences et à ses chimères également (**).

Certes, en finir avec le nucléaire ne signifie pas un renversement à venir des schémas de pensée dominant. Mais il marque à la fois la possibilité d’action des citoyens, il signifie que nous pouvons faire bouger les lignes et, finalement, réorienter nos vies. En sortant du nucléaire, on assume de ne plus croire à l’imaginaire d’une énergie infinie et sécurisée. C’est aussi, indirectement, mettre à mal un des mythes de la société de Croissance.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous avons l’envie de dire « je suis suisse » … car nous sommes anti-nucléaires.

(*)
http://www.partipourladecroissance.net/?p=9040
http://www.partipourladecroissance.net/?p=9140

(**)
Sortie progressive mais sortie quand même.
http://www.sebasol.ch/public/Communiqu%C3%A9%20de%20presse%20de%20Sebasol%20sur%20la%20votation%20du%2021.05.17.pdf

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Front National, ce diable de confort qui permet de cacher les alternatives au capitalisme

La grande déprime…

Oui, c’est vrai, comment ne pas le constater, nos modes de vie engendrent de la frustration, du mal-être, des peurs et des haines,

Comment nier que notre système économique, pivot de notre modèle de société, est exigeant, oppressant, voire tyrannique, que ce soit pour celles et ceux qui ont un emploi, un de ces « bullshit job » ou encore celles et ceux condamnés à la précarité ou au chômage ? Les premiers doivent faire face à une remise en cause permanente d’eux-mêmes, à une pression toujours constante pour améliorer leur productivité et pour mériter leur place. Ils doivent également subir toujours plus de stress, et sont toujours plus confrontés à des questions éthiques sur leur rôle dans cette société. Les seconds font face à une misère grandissante, à toujours plus d’humiliations, à un sentiment de rejet. Nos sociétés nous mettent en concurrence en utilisant la peur du chômage. La religion des indicateurs et l’économicisme rendent nos vies et activités toujours plus absurdes. De même, en nous opposant, on renforce la peur du déclassement, toujours plus prégnante, accompagnée d’un sentiment d’abandon, de ne pas être entendu, d’être lésé par un système injuste. Nos vies, trop chargées, ne laissent que peu de temps pour souffler. La pression imposée par notre monde moderne est insupportable, à telle point que nous nous croyons dans des situations moins confortables qu’il y a 40 ans… ou que chez le « voisin », « l’autre », qui serait, lui, « protégé », « assisté »… C’était mieux avant… Et c’est mieux ailleurs…

Alors, oui, il est légitime d’exprimer ces frustrations, ces peurs. Il est sain de se révolter contre ces injustices.

Mais aussi construite, entretenue

Ces constats se retrouvent dans plusieurs études convergentes et mettent en avant un mal-être, des souffrances objectives. Mais il ne faut surtout pas négliger leur dimension subjective !

En effet, ce malaise est partiellement construit et renforcé par la société du spectacle, les médias et la publicité avec l’imaginaire qu’ils développent. Nous sommes dominés, individuellement et collectivement, culturellement et socialement, par le « toujours plus » qui génère de multiples insatisfactions. La rivalité ostentatoire, même inconsciente, est renforcée par des inégalités endémiques, en permanence exacerbée. Et ce, non sans manipulation : la publicité sait utiliser les techniques les plus subtiles, perverses et efficaces afin de nous faire désirer toujours plus en s’appuyant sur les neurosciences, la psychologie et la psychologie sociale… Ainsi, il faut consommer toujours plus pour produire toujours plus pour préserver son niveau de vie… Mais aussi conserver son emploi pour consommer encore plus…

Enfin ce mal être est d’autant plus fort qu’il fait face à un manque de projet collectif. L’individualisme exacerbé, le culte de la personne et la pression sociale intenable qu’il engendre, en particulier à travers les réseaux sociaux transforment tout échec, toute frustration en une blessure narcissique qu’aucun projet commun ne viendra compenser.

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Les idées de la décroissance infusent la société en silence

Les idées de la décroissance cheminent, explique l’auteur de cette tribune, qu’il s’agisse de la mise en question des façons de consommer, de celles de voyager, ou de la manière de vivre son temps libre. Néanmoins, la « masse critique » ne sera pas atteinte sans intervention sur le terrain politique.

Au printemps dernier le journal Politis publiait un dossier sur la décroissance intitulé « Une révolution silencieuse ? ». En effet, la décroissance semble moins visible dans les débats politiques qu’il y a quelques années. Pourtant elle semble gagner du terrain dans les têtes et dans les débats. Assisterait-on à une transformation silencieuse de la société ? Est-ce suffisant ?

Plusieurs indicateurs semblent montrer que les idées de la décroissance et autres réflexions connexes avancent. On assiste ces dernières années à une certaine prise de conscience des enjeux environnementaux et énergétiques. Les inégalités ne cessent d’augmenter, renforcées par des politiques d’austérité toujours plus violentes. Les classes dirigeantes sont toujours plus discréditées, ce qui ouvre malheureusement aussi des espaces aux mouvements réactionnaires et démagogiques. En parallèle, de plus en plus de citoyens questionnent leurs consommations : réutilisation, partage, réparation, refus du jetable ou encore de nouvelles manières de voyager (local et en vélo) ou de vivre son temps libre. De même, on ne compte plus les articles et études surle mal-être au travail : travailleurs pauvres, burn-out, bore-out ou encore brown-out et autres« bullshit jobs »… Ainsi, par exemple, presque la moitié des Français estiment passer « passer à côté de leur vie ».

L’émergence d’alternatives concrètes locales partout à travers le monde

Enfin, et plus intéressant, plusieurs études montrent que ces prises de conscience et ce mal-être face à l’absurdité de notre système dominé par le toujours plus et le profit, ouvrent de nouvelles voies. Ainsi 34 % des 15-30 ans mettent en avant « un changement de notre mode de vie et la décroissance » pour répondre aux enjeux climatiques. Une autre étude effectuée en France, Allemagne Italie et Espagne, place la décroissance en tête des scénarios les plus souhaitables.
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Le Revenu d’Existence, nouveau candidat à l’élection présidentielle ?

logo-ppldLe revenu d’existence fait irruption dans le débat public. Nombreux sont les responsables politiques à le reprendre, mais en y accolant des objectifs bien différents. On ne peut penser cet outil indépendamment du projet de société dans lequel il s’inscrit, rappellent les co-auteurs du Manifeste pour une Dotation inconditionnelle d’autonomie. Car derrière le revenu d’existence, c’est la répartition des richesses et du travail, la réappropriation des productions et des services publics, qui doivent être débattues. Tribune.

Le revenu d’existence continue sa progression dans le débat public, à tel point qu’il s’invite dans la campagne présidentielle. De nombreuses personnalités politiques le soutiennent, de Kosciusko-Morizet à Hamon, en passant par Poisson, Valls, Macron ou encore tous les candidats à la primaire écologiste. Une telle irruption dans le débat public ne peut que nous interpeller et nous questionner.

Souvent considéré comme un moyen pour rendre la vie plus égalitaire, dans une société marquée par un chômage de masse, le revenu d’existence serait un moyen d’éliminer la grande pauvreté et la misère. Il est aussi présenté comme une réponse au mythe de la numérisation et de la robotisation censées remplacer les travailleurs. D’autres voient en lui une opportunité de rationaliser le système d’aide sociale dans l’optique d’effectuer quelques économies, et aussi de flexibiliser le marché du travail. Enfin, certains n’oublient pas que cet outil donnerait les moyens de gagner en autonomie et de développer les activités non marchandes.

Évidemment, ces différentes approches, aux ambitions souvent antagoniques, entraîneraient des dispositifs de mise en place bien différents.

Définir au préalable un cadre politique avant de parler de revenu d’existence

Le débat s’ouvre, mais n’est-il pas faussé et confus dès le départ ? Si chacun y projette ses espoirs et ses craintes, chacun a surtout des objectifs bien différents, voire opposés. Pour nous, ce débat pourrait être une bonne nouvelle, si la question du projet de société était en son cœur et non pas éludée (consciemment ou non). Cela n’a aucun sens de s’enfermer dans des débats techniques (financements, hauteurs, conditions, âges, etc) si les projets de sociétés ne sont pas clairement et ouvertement débattus.

Ces dernières années, nous avons participé à plusieurs rencontres publiques et avons publié plusieurs interviews ou articles pour alerter sur la stérilité, voire les risques, de parler de revenu d’existence sans au préalable définir un cadre politique. Le revenu d’existence n’est qu’un outil et ne peut en lui-même représenter un projet de société cohérent, d’où la cacophonie à laquelle nous assistons actuellement.

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Aujourd’hui, l’enjeu est plus que jamais de choisir entre Décroissance ou Barbarie

2015 et 2016 auront été marquées par des massacres aveugles dans nos capitales européennes. Des familles resteront meurtries tandis que, toutes et tous, nous portons le deuil. Mais l’émotion et la colère, aussi légitimes soient-elles, ne doivent pas nous faire tomber dans les travers d’un manichéisme dangereux. Au contraire, cette énième catastrophe doit être l’occasion de se poser les bonnes questions et d’essayer d’être lucide quant aux solutions à apporter. Si la seule réponse à ces attentats est la guerre et le repli sur soi, alors la question n’est pas la bonne. Nous souhaitons à travers ce texte inviter à une analyse des racines de ces violences, à Paris, à Bruxelles, mais aussi d’Ankara à Damas, avec la Décroissance comme grille de lecture.

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Et maintenant, les travaux pratiques

Circuits courts, gratuité, monnaies locales, villes lentes… Après avoir bousculé le dogme de la croissance économique, les idées de la décroissance fertilisent peu à peu de nombreuses alternatives concrètes.

Extraits d’un article publié dans le dossier « décroissance une révolution silencieuse » dans Politis (voir fin de l’article).

Fin 2009, une apothéose médiatique pour la décroissance en France : le président de la République en personne estime politiquement utile de livrer son opinion sur la question, et à plusieurs reprises. « Je refuse le choix entre croissance et pollution ou décroissance et protection de l’environnement. J’affirme le choix du développement durable », scande Nicolas Sarkozy [1].

La crise est planétaire, des pays sont entrés en récession et l’urgence climatique a occupé le terrain politique comme jamais à l’occasion du sommet de Copenhague. Depuis, l’économie a pourtant repris sa course, certes en boitant, mais « business as usual ». Et la décroissance a peu à peu disparu des discours et des médias, comme si les contradictions qu’elle révèle étaient désormais périmées. « Une fabuleuse dénégation », ironise l’économiste objecteur de croissance Serge Latouche.

Le monde économique n’en est pas pour autant sorti indemne, constate Vincent Liegey, chercheur interdisciplinaire sur la décroissance, qui relate la déstabilisation de ce dirigeant d’une multinationale française avouant être « à 100 % en accord » avec lui « en tant que père de famille », mais professionnellement embrigadé pour arracher le dernier dollar au marché. (…) Une victoire idéologique, estime le philosophe Fabrice Flipo : « Une bonne partie des progressistes ne parviennent plus à parler de croissance sans en être gênés. »

La décroissance a fonctionné dans un -premier temps comme un « mot-obus », analyse Paul Ariès, percutant les esprits en remettant en cause la quête de la croissance à tout prix, axiome majeur de l’économie libérale. Pour le politologue, le reflux de cette confrontation dans le débat public traduit une mutation, pas une disparition. « La décroissance est entrée dans une phase plus pratique. Elle s’exprime désormais à travers des “mots-chantiers” qui expérimentent ses idées en actes. » (suite…)

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