Meadows : « La croissance mondiale va s’arrêter »… Et alors ?

 

Quarante ans après la publication du fameux rapport Limit to growth (Halte à la croissance) présenté au club de Rome, Dennis Meadows – co-auteur de ce rapport – était de passage à Paris en cette fin du mois de mai. Et, il persiste et signe : « La croissance mondiale va s’arrêter » dans Le Monde ou encore « Nous n’avons pas mis fin à la croissance, la nature va s’en charger », dans Terra Eco.

Si nous ne pouvons, en tant qu’objectrices et objecteurs de croissance, qu’être en accord avec le diagnostic de Meadows qui confirme les perspectives du premier rapport*, ce type de discours porte les reproches que nous faisons à certains « écolos » radicaux car il ne va pas plus loin qu’une complainte catastrophiste.

En fait, comme d’autres, Dennis Meadows a passé quarante ans de sa vie à dire que tout est foutu, à le rabâcher encore et encore signifiant implicitement que tous les autres ne comprenaient rien ou… ne voulaient pas comprendre.

Finalement, Meadows a échoué car s’il avait raison sur les idées, il a eu totalement tort sur la forme. Comme le dit Paul Ariès : « s’il suffisait d’avoir raison en politique, ça se saurait ! ».

Car avoir raison ne suffit pas, il faut faire passer son message et transmettre ses idées mais se croire le plus « malin » ou prendre les autres  » pour des cons » n’aident pas à une telle entreprise.

C’est la raison pour laquelle, bien que nous nous intéressions aux limites physiques de cette société de croissance, nous pensons qu’il est important de réfléchir à ses dimensions culturelles en rendant le projet désirable, en s’interrogeant sur la construction politique, culturelle, sociale et psychologique de transitions sereines vers des sociétés évidemment soutenables mais surtout souhaitables.

Dire que nous sommes foutus est une chose … mais ne rien proposer en est une autre et c’est le cas des nombreux « catastrophistes éclairés ».

Nous proposons d’expérimenter d’autres stratégies car l’homme n’est pas rationnel et préfère le déni à la remise en question.

Expérimentons le dialogue, l’intelligence, la désirabilité, le lien, la convivialité, le construire ensemble, l’expérimentation concrète etc., plutôt que le catastrophisme éclairé, le ton « donneur de leçon », le rabâchage, …

Privilégions le « quand bien même », plutôt que le « il faut ».

Lorsqu’une personne ne veut pas comprendre, ce n’est pas en lui tapant plus fort sur la tête qu’on va lui faire comprendre…

La Décroissance est avant tout une libération du travail contraint et stressant, de la consommation frustrante, de la société du spectacle abrutissante, c’est une réappropriation d’une vie digne et conviviale. La Décroissance c’est plus de temps, plus de liens, plus de culture, plus d’autonomie, plus de démocratie et surtout enfin, se réapproprier le sens que nous souhaitons donner à nos vies : qu’est-ce qu’on produit ? Comment ? Pour quel usage ? La Décroissance c’est le « buen vivir » !

Et ça tombe plutôt bien, puisque ça va dans le sens d’une nécessaire mais aussi souhaitable transition afin d’éviter le mur évoqué par Meadows et d’autres !

Note :

Comme le précise dans sa thèse Elodie Vieille Blanchard, le rapport Meadows est souvent utilisé comme une caution scientifique par le mouvement de La Décroissance, sans pour autant avoir été véritablement lu. En effet, si nous trouvons salutaires ses travaux scientifiques démontrant les limites physiques de la croissance et qui complètent ceux d’autres scientifiques comme Nicholas Georgescu-Roegen ou les peakistes comme Richard Heinberg ou Yves Cochet, nous nous retrouvons beaucoup moins sur certaines de ses positions : « En effet, la grande majorité des militants de la décroissance  semble mal connaître les conditions de production de ce rapport, notamment le fait qu’il n’est pas issu d’un groupe d’écologistes radicaux, mais d’une élite scientifique et industrielle, ainsi que son contenu précis – le fait qu’il prône la stabilisation de la production industrielle plutôt que sa décroissance, et qu’il accorde une place tout aussi importante à la revendication de stabiliser la population mondiale qu’à celle de stabiliser la production industrielle. Dans les années 2000, alors que la croissance démographique apparaît moins comme une menace, les conclusions du rapport au Club de Rome semblent avoir été reconfigurées au service du mouvement bourgeonnant de l’objection de croissance, et les grandes critiques qui ont été faites à ce rapport sont passées sous silence. On semble avoir oublié les accusations répétées de technocratisme chez les auteurs du rapport, et de désintérêt pour les problèmes de développement des pays pauvres. » (Élodie Vieille Blanchard, Les Limites à la croissance dans un monde global, modélisations, prospectives, réfutations).

Voir aussi son excellente analyse : Le rapport au Club de Rome : stopper la croissance, mais pourquoi ? :

« le rapport Meadows comme un objet historique ambigü : d’une part critique du modèle de croissance et de ses effets écologiques délétères, mais également témoin de la volonté d’une élite mondiale de préserver ses privilèges, au détriment du plus grand nombre. De telles critiques sont-elles fondées ? Le rapport Meadows était-il l’incarnation d’un catastrophisme « de droite » au service des intérêts des riches ? Enfin, quelles conséquences peut-on en tirer pour l’objection de croissance contemporaine ? »
(…)
« De tels éléments, considérés hâtivement, pourraient venir accréditer la thèse, souvent informe, qui voit le rapport des Limites comme l’instrument d’un complot mondial au service des plus gros groupes industriels du monde. Cependant, si le mouvement pour le contrôle des naissances, très actif dans les années 1960, était véritablement stimulé par des motivations d’hégémonie économique et politique de l’Occident, il semble que le cas du rapport Meadows soit plus complexe. »

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