Gaz et huiles de schiste : laisser dans le sol ou polluer ?

L’indépendance énergétique d’un pays ne semble pas pouvoir relever d’une décision démocratique : jamais les citoyens n’ont été consultés sur le développement du parc nucléaire français.

Le même scénario se répète aujourd’hui avec l’extraction des gaz et huiles de schiste, aux conséquences dramatiques pour la nature et la santé humaine : aucune information du public, une stratégie de dissimulation et de fait accompli qui relève d’une logique militariste.

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Petit rappel : qu’est-ce que le gaz de schiste ?

C’est un gaz dit « non conventionnel » qui est niché dans les couches de schiste du sous-sol c’est-à-dire des zones particulièrement difficiles à exploiter et dont les gisements sont disséminés dans de nombreux bassins sédimentaires dans le monde.

Exploiter ces gisements en France présente donc de nombreux avantages, notamment de s’affranchir de contextes politiques parfois instables, ainsi que de réévaluer les réserves mondiales de gaz.

Actuellement, quatre pays contrôlent 55 % des réserves de gaz naturel conventionnel. Il s’agit de la Russie, de l’Iran, du Qatar et de l’Arabie Saoudite. Les révolutions qui bouleversent l’Afrique du Nord, comme en Algérie, par exemple, et au Moyen Orient, inquiètent l’occident dont le mode de vie est totalement dépendant des sous-sols de ces pays. Nous sommes déjà en guerre en Irak et en Afghanistan… alors pourquoi pas la guerre contre l’environnement dans nos contrées ?

Le gaz de schiste semble être une solution miracle pour continuer la fuite en avant énergétique, tout en devenant indépendant des pays détenteurs de gaz naturels. Son exploitation prouverait la supériorité des scientistes, car ce serait le progrès technologique (avec la fracturation hydraulique et le forage horizontal) qui nous apporterait la solution au problème d’approvisionnement énergétique.

Mais des inconvénients apparaissent, car ces techniques ont des conséquences dramatiques pour l’environnement.

La fracturation hydraulique requiert en premier lieu d’importantes quantités d’eau, plusieurs millions de litres d’eau pour chaque gisement exploité. En outre, à cette eau sont mélangés de nombreux produits chimiques dont on ne connaît  pas la liste exhaustive, ainsi que du sable, le tout étant injecté à haute pression dans le puits de forage.

C’est un véritable cocktail chimique qui est utilisé par l’industrie avec des composés souvent hautement cancérogènes, reprotoxiques et toxiques pour les milieux aquatiques. Une partie seulement de l’eau utilisée est récupérée (50 à 90 %) dans de vastes bassins et nécessite d’être traitée. Or, les stations d’épuration urbaines ne savent pas traiter ces effluents. Avec ce miracle énergétique, les nappes phréatiques sont en danger, encore une fois.

Les émissions toxiques dans l’atmosphère sont également catastrophiques : elles ont des répercussions sur des centaines de kilomètres et peuvent engendrer des émissions fugitives de méthane et de fuites de sulfure d’hydrogène, un gaz toxique et explosif !

En outre, les équipements d’extraction du gaz de schiste fonctionnent de façon continue et constituent une source importante de bruit qui s’ajoute à  celui du transport sur route liées à l’activité.

A force de creuser, les foreurs peuvent percer des terrains contenant des minerais radioactifs (uranium, radium). Radioactivité qui risque de remonter, et de contaminer les eaux utilisées pour le forage.

Même Pierre Gadonneix, président du Conseil mondial de l’Energie, président d’honneur d’EDF reconnaît  dans le Monde du 16 septembre 2010 qu’il ne faut pas se fier trop aux mirages de la technologie et qu’il faut ajouter « le coût écologique pour prévenir le « mitage » des zones de puits, les incertitudes quant aux effets des produits chimiques d’infiltration et in fine, le prix qui sera donné au CO2, sans compter le coût des règles de sûreté ».


L’exploitation des gisements de gaz de schiste apparaît à nos gouvernants comme un enjeu majeur, mais l’indépendance énergétique serait un sujet trop grave pour relever de la démocratie !

L’importation d’hydrocarbures ferait courir un risque si élevé à la France qu’il relèverait de la sécurité nationale de mettre en place une politique industrielle de grande ampleur pour l’éviter, même si le résultat est de transformer nos lieux de vie en de gigantesques décharges irrémédiablement polluées, hantées par des cancéreux, des enfants malformés, jonchées d’oiseaux morts et inondées de cancrelats.

Le choix est entre la barbarie, c’est-à-dire une récession subie et une fuite en avant techno-scientiste désespérée ou ce que nous appelons la Décroissance : une remise en question profonde de cette société de croissance qui nous amène toujours plus vite droit dans le mur.
Nos politiques devraient s’orienter vers une relocalisation de l’économie, une souveraineté alimentaire en s’appuyant sur une agriculture paysanne de proximité, des relations consommateurs-producteurs directes, un exode urbain, un retour de la terre en ville. Nous devons aussi tendre vers une souveraineté énergétique locale se basant en premier sur une réduction drastique de notre consommation énergétique et le développement de production d’énergie locale artisanale. De telles mesures ne peuvent se prendre sans une décroissance drastique des inégalités, une remise en cause du pillage du Sud par le Nord, un remaniement du système financier dominant et une sortie de l’abrutissement généralisé faisant de nous des travailleurs-consommateurs compulsifs, abreuvés de programmes télé et de publicités plus débilitant les uns que les autres. Surtout, cela doit passer par une réappropriation par les citoyens de leurs choix de vie.

Le risque est trop grand pour envisager un tel virage. Il est donc aisé de comprendre qu’entre ces deux cauchemars, l’oligarchie et son valet Sarkozy n’hésitent pas une seconde. Ils sont prêts à tout pour nous imposer de faire exploser les entrailles de notre terre pour puiser encore quelques litres de gaz afin de faire encore un tour en jet privé, encore un survol de Paris en hélicoptère, encore un voyage aux Maldives (ah non mince ! Elles ont disparu…).

Mais voilà le hic, comment faire avaliser ce choix en démocratie ? Vous avez dit démocratie ? Elle est où au fait ?

L’exploitation des gaz et huiles de schiste est bien la suite d’un délire de notre système croissanciste mortifère qui ignore les dangers de l’extraction pour pouvoir continuer la fuite en avant et, surtout, ne pas réfléchir quant aux limites de notre environnement. Pouvoir continuer à polluer plus longtemps, ne pas se poser la question du sens de notre consommation énergétique, voilà pourquoi les gaz de schiste sont apparus comme une solution à la crise énergétique à venir aux yeux de nos gouvernants.

D’ailleurs, le prix du gaz naturel, et de manière plus générale des matières premières et des énergies fossiles, augmente régulièrement et devrait augmenter, comme pour nous obliger à accepter ces solutions navrantes pour l’environnement. Les gaz de schiste seraient, tout simplement, une fausse bonne solution, comme le nucléaire, à l’augmentation inéluctable du prix des fluides.

Mieux vaut un coût de l’énergie minimale (mais à quel prix pour l’environnement et pour notre santé) sans envisager de revoir nos modes de vie (isolation, comportement sobre, course à la productivité … ). Baisser son pouvoir d’achat est inacceptable … dans une société de Croissance, le plus simple serait donc de n’en pas sortir !

Faisons le bilan de la Croissance, le constat environnemental et social de la société capitaliste, pour se poser les bonnes questions et, enfin, trouver ensemble de bonnes réponses.

Refuser l’exploitation des gaz et huiles de schiste, c’est refuser de rester dans un système de pensée qui nous propose de fermer les yeux pour éviter le mur vers lequel nous nous dirigeons à vive allure. Conscients du danger, prenons le temps de remettre en cause la machine à broyer capitaliste et ses partisans qui nous trompent.

Pour ces raisons, on ne peut que s’opposer à l’exploitation des gaz et huiles de schiste et demander un arrêt total de toutes activités visant à une future exploitation. La solution n’est pas de trouver d’autres énergies pour continuer à croître, mais de réfléchir ensemble à une transition vers une sortie de notre dépendance aux énergies fossiles et donc, à une remise en question de notre civilisation productiviste, consumériste et capitaliste.

No Gazaran

Quelques liens :
http://www.manifestegazdeschiste.org/
http://gazdeschiste.free.fr/
http://www.aldeah.org/fr/carton-rouge/gaz-de-schiste – IDF-non-gaz-petrole-de-schiste@aldeah.org
http://www.journaldelenvironnement.net/article/gaz-non-conventionnels-un-bilan-environnemental,21904
http://www.developpementdurablelejournal.com/spip.php?article7524
Gaz de schiste France – Forum http://gazdeschistefrance.forumgratuit.fr/
Gaz de schiste animation flash http://www.partipourladecroissance.net/?p=5600
Gaz de Schiste – Communiqué d’Objecteurs de Croissance du Languedoc-Roussillon http://www.partipourladecroissance.net/?p=5322

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